Crue de la Garonne : une douzaine de digues endommagées, des réparations urgentes et coûteuses
Crue Garonne : digues endommagées, réparations urgentes

État des lieux alarmant après la crue de la Garonne

Alors que la décrue n'est pas encore totale dans le département du Lot-et-Garonne, un premier bilan fait état d'une douzaine de digues endommagées par les récentes inondations. À Boé-Village, un ouvrage particulièrement fragilisé pendant le week-end fait l'objet d'une surveillance renforcée. Ces structures de protection, essentielles pour canaliser les eaux, génèrent cependant des inquiétudes récurrentes à chaque épisode de crue majeure, ravivant des débats anciens sur leur entretien et leur solidité.

Une urgence de consolidation avant le printemps

La Coordination rurale a lancé un appel pressant ce mercredi 18 février, soulignant dans un communiqué : « Il est extrêmement urgent de consolider les points sensibles avant les pluies de printemps et de lancer une campagne générale de renforcement. » Dans la zone de la Confluence, la rupture de plusieurs digues a surpris les populations et aggravé considérablement les dégâts, avec des centaines d'hectares de cultures submergées.

Le Département a déjà recensé plusieurs incidents majeurs : une brèche à Aiguillon, une autre de vingt mètres sur un ouvrage à Port-Saint-Marie, ainsi qu'une infiltration sous surveillance à Boé. La situation reste évolutive et de nombreux dégâts ne pourront être pleinement évalués qu'après le retrait complet des eaux.

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Intervention nocturne et mobilisation des services

Dans la nuit du 11 au 12 février, vers 2 heures, la montée plus rapide que prévue de la Garonne a contraint à une installation accélérée de la digue amovible de Boé-Village. Les agents municipaux et ceux de l'Agglomération d'Agen, compétente en matière de gestion des crues, ont été mobilisés en urgence pour réaliser ce montage nocturne. Au petit matin, l'ensemble de la digue avait été installé pour faire face à une crue potentielle de période trentennale, conformément aux prévisions de la préfecture.

Malgré ces efforts, un point de vigilance persiste avec l'apparition d'une fissure sur la partie amont de l'édifice. Pascale Luguet, maire de Boé, détaille les mesures prises : « Les services de l'Agglomération ont sollicité un bureau d'études qui a préconisé un renforcement immédiat. Des gros blocs de béton et des sacs de sable ont été déployés. Nous avons organisé des rondes toutes les deux heures avec les élus et les agents d'astreinte pour vérifier la solidité de l'ensemble. Une étude approfondie sera lancée dès que les conditions le permettront. »

Bilan préliminaire dans le Val de Garonne

Sur les 90 kilomètres de digues que compte le territoire du Val de Garonne, dix brèches ont été identifiées à ce stade. Jacques Bilirit, président de l'Agglomération, énumère les sites touchés : « Une à Couthures-sur-Garonne, trois à Villeton, une à Sénestis, une autre entre Taillebourg et Saint-Pardoux-du-Breuil, deux à Caumont-sur-Garonne et une, voire deux, à Jusix. » Il précise cependant que ce décompte « ne pourra être validé qu'après la décrue complète », prévue d'ici vendredi ou samedi, permettant alors de distinguer clairement brèches, infiltrations et dégâts liés aux surverses.

Un système de protection qui limite les courants plus que les inondations

Face aux inquiétudes légitimes des populations encore aux prises avec les caprices du fleuve, Jacques Bilirit rappelle la fonction réelle des digues : « Le système d'endiguement du Val de Garonne n'est pas conçu pour empêcher les inondations, mais pour canaliser et réduire la force des courants. » Il tempère les craintes en ajoutant : « Une brèche peut certes causer des destructions localisées et présenter des dangers, mais ces incidents restent marginaux dans l'ensemble. »

Contrairement aux communes de la Confluence comme Aiguillon, qui ont subi des submersions soudaines et dévastatrices le week-end dernier, le secteur du Val de Garonne n'a pas connu de telles catastrophes. Néanmoins, les digues y ont été soumises à des pressions extrêmes, posant avec acuité la question des réparations à venir et de leur financement.

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Un coût de restauration qui s'annonce colossal

L'Agglomération, responsable de la Gestion des milieux aquatiques et de la prévention des inondations (Gemapi), va devoir rapidement évaluer l'ampleur des travaux nécessaires. Lors de la dernière crue majeure en 2021, la restauration de seulement cinq ouvrages endommagés avait été chiffrée à 5,8 millions d'euros hors taxes. Le bilan actuel, avec une douzaine de digues touchées, laisse présager des dépenses bien plus importantes.

L'épineuse question du financement

Si les travaux engagés après la crue de 2021 avaient bénéficié de subventions, notamment de la part de la Région, les perspectives sont moins optimistes cette fois-ci, compte tenu des contraintes financières accrues des collectivités territoriales. L'État semble peu disposé à débloquer des fonds supplémentaires, comme l'a laissé entendre la visite de la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, dans le Sud-Gironde dimanche 15 février.

La représentante du gouvernement a réitéré une proposition déjà rejetée par l'Assemblée nationale lors du projet de Loi de finances 2026 : que les intercommunalités augmentent la taxe Gemapi pour financer l'entretien des digues. Une suggestion qui a provoqué l'ire de Jacques Bilirit : « Cela montre qu'elle ne connaît pas son sujet. » Pour l'élu, il est hors de question d'infliger une hausse d'impôt aux 60 000 habitants du Val de Garonne qui subissent déjà les conséquences des débordements d'« un bassin-versant de 55 000 km², soit 10% du territoire français ».

Menaces persistantes avec l'arrivée de nouvelles intempéries

La situation reste précaire alors que de nouvelles précipitations sont attendues avec le passage de la tempête Pedro, tant localement qu'en amont du bassin. Si ces pluies ne devraient pas provoquer une nouvelle montée significative des eaux, elles pourraient retarder la décrue et prolonger la période de vigilance. Les services restent mobilisés pour surveiller les ouvrages fragilisés et anticiper d'éventuelles nouvelles détériorations.