La Vézère en crue répétée à Terrasson-Lavilledieu
Affluent majeur de la Dordogne, la Vézère a de nouveau franchi les seuils d'alerte jeudi 19 et vendredi 20 février, déclenchant la sirène à trois reprises à Terrasson-Lavilledieu. Cette commune de plus de 6 000 habitants, située entre Périgueux et Brive-la-Gaillarde, fait face à son troisième épisode de crue en seulement huit jours.
Sirènes d'alerte et mobilisation municipale
Positionnée sur le toit du gymnase municipal, la sirène a retenti trois fois en l'espace de quelques heures, la dernière alerte survenant à 4 heures du matin. Ces alertes sonores ont prévenu la population du franchissement successif des seuils de la Vézère : 2,40 mètres, puis 2,80 mètres, et enfin 3,40 mètres.
Au troisième étage de la mairie, l'adjoint au maire Bernard Beaudry scrute depuis une pièce transformée en cellule de crise un tableau blanc où sont notées toutes les heures les niveaux de la Vézère. Élus et agents municipaux sont mobilisés jour et nuit, se relayant pour prévenir la centaine d'habitants et gérants d'entreprise répertoriés dans le classeur « Plan alerte inondation ».
Commerçants sinistrés et dégâts matériels
Parmi les premiers touchés, Jean-Michel Cantarelli, restaurateur de la brasserie « Chez Canta » située place de la Libération, à quelques dizaines de mètres des quais. Le premier épisode de montée des eaux, le jeudi 12 février, a provoqué « presque 1 mètre d'eau dans le restaurant ».
Le restaurateur déplore des pertes importantes : « La chambre froide a été inondée et privée d'électricité. J'avais stocké les aliments pour préparer les menus de la Saint-Valentin : faux filet, foie gras, beurre truffé. Il a fallu jeter la nourriture d'une valeur totale d'environ 1 500 euros. »
Jean-Michel Cantarelli avait néanmoins pu anticiper partiellement le débordement avec l'aide des services techniques municipaux qui l'ont aidé à surélever le mobilier. Vingt-quatre heures plus tard, le niveau de la Vézère est redescendu « très vite », avant de nouvelles crues en début de semaine puis celle en cours.
Fermeture prolongée et travaux de réhabilitation
Un expert est passé dans l'après-midi du vendredi 20 février pour évaluer les dégâts. Le bilan est sans appel : une société spécialisée sera mandatée pour « nettoyer, désinfecter, certifier l'état des murs, redonner un coup de peinture, vérifier l'état des appareils électriques ».
À l'aune de son expérience, le restaurateur sait qu'il restera fermé plusieurs semaines. Gérant de la brasserie depuis onze ans, il a déjà dû affronter trois épisodes de crues : en décembre 2023 puis à Pâques 2025, des fêtes pascales marquées par une crue sensiblement identique. Il avait alors stoppé son activité du « 22 avril au 8 juin ».
Afin d'être prêt pour la saison estivale, Jean-Michel Cantarelli avait lui-même effectué les travaux de réparation et repeint les intérieurs. Aujourd'hui sans revenus, l'urgence consiste à « payer le loyer, les factures et les fournisseurs ». Il peut compter sur une aide du Secours populaire.
Habitants isolés et souvenirs des crues passées
En face du restaurant, Edmonde Fromentin et son petit-fils Thiago sont comme sur un îlot depuis leur balcon situé au premier étage de leur maison. Un pavillon entièrement cerné par les eaux. La semaine précédente, ils sont restés isolés « pendant trois jours : le congélateur flottait dans le garage ». L'électricité fonctionnait « mais pas le chauffage ».
Bernard Beaudry, adjoint au maire, évoque les souvenirs des anciens : « Ils disaient qu'il fallait que cela baisse doucement sinon ça revient vite ». L'élu a connu la crue centennale à plus de 5 mètres dans les années 1960. La Vézère a encore débordé de son lit majeur la semaine précédente avec un pic à 3,86 mètres.
La tendance semblait à la décrue depuis le début d'après-midi du vendredi 20 février, mais l'inquiétude persiste parmi les habitants et commerçants de Terrasson-Lavilledieu, qui subissent les conséquences de ces inondations répétées.



