La Charente en crue historique : Une troisième onde complique les prévisions
Ce vendredi 20 février 2026, la situation reste extrêmement critique sur les bords de la Charente. À midi, l'échelle du pont Palissy à Saintes affichait une hauteur inquiétante de 6,49 mètres, selon les mesures de Vigicrues. Les inondations ont déjà touché au moins 1 300 habitations, plongeant la région dans une crise majeure. Les spécialistes scrutent avec anxiété les records historiques : celui de janvier 1994 à 6,67 mètres et celui de décembre 1982 à 6,84 mètres pourraient-ils être approchés, voire dépassés ?
Les prévisionnistes face à une complexité inédite
Les experts du service de prévision des crues de la Dreal Nouvelle-Aquitaine, basés à Poitiers, naviguent en terrain inconnu. Isabelle Levavasseur, cheffe de service, explique cette incertitude : « Il est très difficile de donner une échéance précise car trois ondes de crue se propagent simultanément. La première a déjà franchi Saintes, la deuxième est arrivée, et une troisième s'est formée en amont. Son comportement reste imprévisible : elle pourrait provoquer un long plateau ou une légère rehausse supplémentaire à Saintes. »
Les prévisions sont d'autant plus complexes que l'écoulement naturel est ralenti en aval, sous l'effet combiné des marées et de possibles obstacles. Arthur Anfray, prévisionniste hydromètre, détaille ce phénomène : « Les relations entre les débits et les hauteurs sont totalement perturbées. Nous observons des débits entrants qui diminuent, tandis que les hauteurs stagnent ou continuent de monter. » Il évoque un phénomène d'hystérésis, où l'effet persiste même après la disparition de sa cause.
Une situation aggravée par des pluies exceptionnelles
Baptiste Sirot, directeur de l'EPTB Charente, l'organisme public de gestion du fleuve, apporte des éléments d'explication : « Nous avons enregistré des précipitations très importantes en amont du bassin : 250 millimètres en un mois et demi, soit environ un tiers de la pluviométrie annuelle normale. Le sol est saturé, il ne peut plus absorber d'eau, ce qui génère un ruissellement massif. Ce qui surprend particulièrement, c'est l'intensité continue des pluies, sans aucun répit. Lors de la crue de l'hiver 2023-2024, les événements s'étaient étalés sur six mois. »
Il estime qu'il faudra « une bonne semaine pour retrouver un niveau inférieur à 6 mètres à Saintes », soulignant la durée exceptionnelle de cet épisode. La courbe des hauteurs du fleuve, consultable sur le site gouvernemental Vigicrues, montre clairement cette stagnation inquiétante.
Les conséquences sur le terrain et les défis à venir
Sur place, les autorités locales font face à une situation épuisante. Maelaïg Cévaër, cheffe de cabinet du maire de Saintes, confie à l'AFP : « Nous n'avons pas encore atteint le pic de la crue. Nous savons que cela va être long, car à chaque phase de décrue, nous perdons des équipes de bénévoles épuisées par l'effort continu. »
Les infrastructures sont sévèrement touchées, comme l'avenue Gambetta désormais coupée à la circulation. Les images de la place Bassompierre et de l'arc de Germanicus les pieds dans l'eau rappellent l'ampleur des dégâts. Arthur Anfray utilise une métaphore parlante : « Tant que les niveaux ne baisseront pas à Saint-Savinien, ça ne descendra pas à Saintes. C'est comme un évier qui se remplit alors que le siphon est presque bouché. »
Les prévisionnistes misent actuellement sur un long plateau autour de 6,50 mètres, avec une marge d'erreur de plus ou moins 5 centimètres. Une décrue significative n'est pas attendue avant mardi au plus tôt, laissant la population et les secours dans l'attente angoissée d'une amélioration.



