Une campagne municipale submergée par les eaux de la Charente
En 2026, une crue majeure de la Charente a submergé la joute municipale qui commençait à peine à se décanter à Saintes. Le maire sortant, Bruno Drapron, a naturellement été surexposé dans les médias locaux et nationaux, suspendant sa campagne le dimanche 15 février pour se consacrer exclusivement à la gestion de cette troisième crue majeure de son mandat.
La trêve électorale et les initiatives de solidarité
« C'est frustrant. On est habitués à débattre projet contre projet », notent Rémy Catrou et Estelle Clinckemaillié. Sollicités par « Sud Ouest », tous les autres candidats entament leur propos par une pensée appuyée pour les habitants sinistrés. « On a été les premiers à annoncer une trêve, ça n'a pas posé de question. Il faut être au chevet des Saintaises et des Saintais, laisser place à la solidarité », déclare le candidat PS Ludovic Norigeon.
Le candidat LFI Rémy Catrou, dont la liste est la seule à avoir choisi de poursuivre les rencontres avec les habitants, précise : « Dans notre liste, on a une demi-douzaine de colistiers impactés directement, qui pataugent régulièrement. » Jean-Philippe Machon, prédécesseur du maire sortant, constate : « Très clairement, cette inondation a cassé la campagne avec bien sûr une visibilité accrue pour un candidat qui est le maire sortant. C'est inévitable. »
Un débat démocratique tronqué
Jean-Philippe Machon, candidat divers droite, déplore : « C'est regrettable pour la démocratie. On élit un maire pour six ans. C'est quand même une décision importante pour l'avenir de la ville. Il est nécessaire d'avoir un débat démocratique. Ce débat est tronqué. » Il devait annoncer sa liste lundi 23 février, mais cela attendra le 11 mars, avec toutefois une distribution dans les boîtes aux lettres du 4 au 8 mars.
Les candidats multiplient les initiatives pour montrer leur implication. Laurent Daviet et son équipe ont sollicité les boulangers pour fournir des viennoiseries aux sinistrés et aux acteurs mobilisés, des opérations relayées sur leurs réseaux sociaux. Jean-Philippe Machon relate : « On s'est mobilisé pour aider les gens. Samedi dernier, on a notamment monté une opération de déjeuner réconfort, grâce aux restaurateurs, pour distribuer des repas aux personnes isolées. »
Les propositions face aux inondations récurrentes
Au-delà des actions immédiates, les candidats développent des propositions pour faire face à la menace récurrente des inondations. Rémy Catrou avance : « Nous imaginons de proposer un relogement aux locataires qui veulent partir. Pour ceux qui sont propriétaires, il faudrait que l'État rachète les maisons à un prix raisonnable, comme ça s'est fait du côté de Dunkerque. Nous devons les libérer de cette angoisse. Une personne inondée trois fois, ça mine le moral. » Il prône une réflexion plus large sur l'aménagement du territoire pour faire face au dérèglement climatique.
Ludovic Norigeon affirme : « Il faut arrêter la vision du développement économique qu'on avait dans les années 1970. Il faut préserver des zones qui doivent rester des espaces verts protégés. » Au niveau communal, il veut œuvrer pour :
- Le verdissement et la désimperméabilisation des sols
- L'amélioration de la gestion de crise via une commission communale impliquant assureurs et sinistrés
- Des procédures d'alerte plus rapides et une cartographie plus ciblée
Solutions techniques et préoccupations économiques
Laurent Daviet considère : « Il faut des projets en amont pour qu'il y ait un meilleur écoulement », et aimerait ressortir des cartons des études sur un canal vers la Gironde. Soulignant le travail des agents municipaux, il fustige des « dépenses inutiles » dans un bateau, un drone et des motos pour la police municipale, qu'il souhaiterait réorienter vers l'achat de passerelles. « Tout bout à bout, il y en a pour 100 000 euros », évalue-t-il.
Jean-Philippe Machon souhaiterait que soient étudiés des « couloirs de crue » pour obliger une partie du flux à contourner Saintes. Il remet sur la table :
- Des zones d'expansion des crues
- Le dragage de la Charente
- L'élargissement du pont Palissy
Certaines solutions ont été écartées pour leur coût, mais la récurrence du phénomène impose selon lui de reconsidérer ces options. Comme ses concurrents, il craint que l'attractivité de Saintes pâtisse de l'image d'une ville inondable, et réclame une communication « positive ».
Jean-Philippe Machon considère : « Ne parler de Saintes que pour les inondations, ça nuit à l'image de la ville. Les Saintais ont toujours été résilients, courageux et solidaires pour faire face. » Cette crue majeure a ainsi transformé la campagne municipale en un terrain où solidarité immédiate et propositions à long terme se mêlent, dans un contexte où le changement climatique impose de repenser l'aménagement du territoire.



