Cognac et la Charente face à la crue : le spectre de 1982 s'éloigne
Cognac face à la crue de la Charente : le spectre de 1982 s'éloigne

La Charente en crue : Cognac respire, Jarnac et Angoulême sous les eaux

Lundi 16 février 2026, en début d'après-midi, le service Vigicrues a enregistré une hauteur de 7,66 mètres près des tours Saint-Jacques à Cognac. Un niveau qui devait se stabiliser dans la nuit, éloignant le spectre des inondations historiques de 1994 et de la crue centennale de 1982, où le fleuve avait atteint 8,45 mètres.

Denise, 90 ans, face au fleuve qui monte

Rue de Crouin à Cognac, Denise, 90 ans, observe la montée des eaux depuis sa fenêtre, où la municipalité a installé des parpaings et des madriers. « Je préfère la neige, comme l'autre jour. C'est plus joli et ça ne salit pas les maisons ! Tant que mon garage reste sec, je ne bouge pas. J'ai une bonne semaine de provisions et, croyez-moi, j'en ai vu d'autres », confie-t-elle avec philosophie. Elle se souvient de 1982, marqué par vingt-quatre jours de pluies incessantes, des inondations terribles et pas moins de 3 000 maisons sinistrées.

Vigilance orange maintenue sur le fleuve

La préfecture de Charente redoutait dimanche que les cotes critiques soient atteintes. Heureusement, l'eau s'est arrêtée à 7,66 mètres lundi à 16 heures. Vigicrues tablait sur un plateau autour de 7,70 mètres, précisant que « les niveaux devaient se stabiliser dans la nuit, avec des débordements importants et localement dommageables vers l'aval ». Sur tous les tronçons hydrographiques, excepté l'estuaire, la crue est jugée « importante » et la vigilance orange demeure.

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Jarnac : une cinquantaine de maisons inondées

En amont, à Jarnac, le pic semble avoir été atteint. « Ça a été vite et fort. La Charente est montée presque aussi haut qu'en 1994 et une cinquantaine de maisons sont inondées, notamment dans le quartier des Moulins, rue du Chail et aux alentours », indique Christophe Roy, adjoint au maire. Jérôme Royer, ancien maire dont le domicile est touché, commente : « Impossible de lutter. Il faut s'organiser, se mettre à l'abri et prendre son mal en patience ».

Quai de l'Orangerie, le rez-de-chaussée et deux chais du négociant Hine sont sous un bon mètre d'eau. Une vingtaine de barriques de cognac baignent dans un liquide saumâtre. Xavier Rousseau, en charge des services généraux, rassure : « Tant que la bonde n'est pas touchée, c'est bon, le cognac ne risque rien ! Les fûts de chêne sont étanches ». Thibaut Delrieu, directeur général, ajoute : « Nous avions déjà été inondés en décembre 2023. Je ne dis pas que l'on s'habitue, non, mais on anticipe. L'équipe est sur le pont depuis vendredi ».

Angoulême : la décrue est amorcée

Plus en amont, à Angoulême, la décrue est amorcée, mais avec les fortes précipitations, elle sera sans doute longue. Dans les quartiers de L'Houmeau et de Saint-Cybard, la Charente a pris ses aises. L'île Marquet a disparu sous un flot brunâtre et le Musée de la BD a toujours les pieds dans l'eau. Les amateurs peuvent se rassurer : les 20 000 planches originales et les 350 000 imprimés des collections sont bien au sec, dans les étages.

L'onde de crue, arrivée à Cognac, se propage désormais vers Saintes, où le fleuve a dépassé les 6 mètres sous le pont Palissy vers 16h30. Par sécurité, la maison d'arrêt a été évacuée. Malgré les débordements, Cognac respire, loin des records tragiques du passé.

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