Charente-Maritime : une route surélevée et des bateaux face aux inondations
Charente-Maritime : solutions d'urgence face aux inondations

Charente-Maritime : des solutions d'urgence face à la montée des eaux

Vendredi 20 février, à la frontière entre Saintes et Les Gonds en Charente-Maritime, une situation critique a exigé une réponse rapide. Une route inondée a été remblayée en quelques heures seulement, permettant de maintenir l'accès à deux hameaux pour des dizaines d'habitants. Pendant ce temps, à Courcoury, complètement coupé du monde, sauveteurs et militaires assuraient des traversées essentielles.

Le marathon des élus face à la crue

« Ce serait bien d'acheter des bottes, peut-être ? Merci, bonne journée. » Un brin décontenancé, Alexandre Grenot raccroche avec l'un de ses administrés, samedi 21 février en fin de matinée. Conseiller, orienter et trouver des solutions, c'est le lot quotidien des élus saintongeais comme lui, qui courent un marathon depuis plus de six jours aux côtés des secours et des forces de l'ordre. Ils luttent contre la crue du fleuve Charente, qui a dépassé 6,55 mètres à Saintes ce samedi.

À la sortie des Gonds, village limitrophe de Saintes où 130 maisons sont touchées par les inondations, une solution pratique et imaginative a été trouvée vendredi après-midi. « Jeudi, on avait commencé à prévenir les habitants pour qu'ils laissent leur voiture de ce côté-là et qu'ils regagnent leur logement à pied, car l'eau allait bientôt les empêcher de passer », explique le maire du village. Une situation loin d'être pratique, avec 15 centimètres d'eau au point le plus profond vendredi à midi trente.

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Une route émergée des eaux en deux heures

« Cela représente près de 200 logements, ça fait un peu de monde », résume Alexandre Grenot. Deux scénarios trop compliqués sont vite balayés. Puis eurêka ! Entre le maire gontais et Frédéric Caron, directeur des infrastructures au Département, une idée fait son chemin. « On m'a souvent raconté que lors de la crue de 1982 (6,84 m), de l'enrobé avait été rajouté sur le pont de Saintonge pour permettre aux voitures de circuler. »

Quarante-trois ans après, rebelote avec du fraisât d'enrobé inerte, des déchets de chantiers routiers ne contenant pas de goudron. Entre 15h30 et 17h30, ce sont ainsi 200 tonnes de ce matériau qui ont été étalées sur 70 mètres, créant une route de 30 centimètres d'épaisseur et 3,5 mètres de large. Le temps de ces travaux d'urgence, il a fallu composer avec les automobilistes bloqués, parfois mal orientés par des applications de navigation.

Le soulagement des riverains

Sophie Carré, commerçante à Saintes habitant dans le hameau isolé, a été agréablement surprise par ce nouveau chemin sorti des eaux. « J'appréhendais car je savais que tôt ou tard, je n'allais pas pouvoir traverser pour aller travailler. Ça m'a sorti une belle épine du pied. » François, un Saintais prévoyant, partage : « On avait des provisions et les poules pondent de nouveau, un bocal de tomates et deux œufs par-dessus, parfait comme repas. »

De la SNSM à la gendarmerie : la relève des secours

Non loin, à Courpignac, hameau des Gonds, les sauveteurs de la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM) de Rochefort et La Rochelle rangent calmement leur matériel. Ils terminent une mission démarrée vendredi après-midi : suppléer le tracto-bus qui ne pouvait plus passer. « Avec 20 centimètres de plus, ce sera foutu », avait confié le maire de Courcoury, Éric Bigot, mardi dernier.

Vendredi à 14 heures, sur réquisition préfectorale, 14 sauveteurs sont venus prêter main-forte. « Avec 65 centimètres d'eau au niveau du pont, on arrivait à la limite, la préfecture nous a proposé cette solution avec les bateaux », explique Éric Bigot. Vendredi après-midi jusqu'à 20h30, puis samedi matin dès 7 heures, la SNSM a transporté plus de 200 habitants. « Nous étions trois pour faire avancer un bateau sur environ 1 kilomètre pour une traversée qui dure en moyenne une quinzaine de minutes avec de l'eau jusqu'au bassin », décrit Éric Hary, directeur du centre de formation de Rochefort.

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Samedi matin, la gendarmerie a pris le relais avec trois TRM 2000, des 4x4 surélevés en provenance des escadrons mobiles de Bellac (Haute-Vienne) et Châtellerault (Vienne). « Vu l'importance de la crue, ces deux plans successifs proposés par la préfecture étaient les bienvenus, c'est appréciable », salue Éric Bigot. Le temps que le fleuve redescende, les horaires de traversée restent les mêmes, seul le moyen de transport change.