Lors de chaque épisode de canicule, la question du nombre de décès directement ou indirectement causés par la chaleur revient sur le devant de la scène. En France, le décompte officiel est réalisé par Santé publique France via une méthode de surmortalité, qui compare le nombre de décès observés pendant une période donnée à un nombre attendu, calculé à partir des années précédentes.
Une estimation par excès de mortalité
Cette approche ne comptabilise pas un par un les décès individuels avec une cause médicale liée à la chaleur, mais évalue l'écart entre la mortalité observée et la mortalité attendue. Selon Santé publique France, la surmortalité est calculée en soustrayant le nombre de décès attendus (basé sur une moyenne des cinq années précédentes, ajustée de la tendance et de la saisonnalité) du nombre de décès toutes causes confondues enregistrés pendant l'épisode de chaleur.
Ce mode de calcul permet de capter l'ensemble des décès supplémentaires, y compris ceux dont la cause immédiate n'est pas la chaleur mais qui ont été précipités par elle (crises cardiaques, accidents vasculaires cérébraux, etc.). Il ne s'agit donc pas de certificats de décès mentionnant explicitement « coup de chaleur » ou « hyperthermie », mais d'une analyse statistique globale.
Les limites de la méthode
Cette méthode présente des limites. Elle ne permet pas de distinguer les décès directement imputables à la chaleur de ceux qui seraient survenus de toute façon, mais un peu plus tôt (phénomène de « mortalité déplacée »). De plus, les données de mortalité sont disponibles avec un délai de plusieurs semaines, ce qui retarde la communication des bilans définitifs. En 2022, lors de la canicule de juillet, Santé publique France avait estimé une surmortalité de 2 800 décès sur l'ensemble de l'été, tous âges confondus.
« La surmortalité observée durant les vagues de chaleur est un indicateur robuste, mais il ne faut pas l'interpréter comme un décompte précis de décès causés uniquement par la chaleur », explique un épidémiologiste de l'agence. D'autres facteurs, comme les épidémies saisonnières ou les pics de pollution, peuvent interférer.
Un système de surveillance en temps réel
Depuis 2004, la France dispose d'un système de surveillance de la mortalité en temps réel, le Réseau Oscour (Organisation de la Surveillance Coordonnée des Urgences), qui recueille les passages aux urgences et les décès enregistrés par les hôpitaux. En complément, le système SurSaUD (Surveillance Sanitaire des Urgences et des Décès) permet de suivre les décès toutes causes à partir des données des mairies. Ces outils permettent une première estimation rapide, mais les chiffres définitifs ne sont consolidés qu'après plusieurs mois, lorsque les données de l'Insee sont disponibles.
Selon l'Insee, en 2022, la France a connu 2 800 décès supplémentaires pendant les trois vagues de chaleur de l'été, dont 80 % concernaient des personnes âgées de 75 ans et plus. Le nombre de décès directement attribués à la chaleur sur les certificats de décès est beaucoup plus faible : seulement 70 décès mentionnaient un « coup de chaleur » comme cause initiale.
Comparaisons internationales
À l'échelle européenne, la méthode de calcul varie. L'Espagne utilise un système similaire de surmortalité, tandis que l'Italie se base sur les certificats de décès. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande l'approche par excès de mortalité, jugée plus complète. En 2003, lors de la canicule historique, la France avait dénombré près de 15 000 décès supplémentaires, un chiffre qui avait suscité une prise de conscience et conduit à la mise en place du plan canicule.
Pour l'été 2023, Santé publique France a déjà enregistré des épisodes de fortes chaleurs dans plusieurs régions. Les premiers bilans de surmortalité devraient être publiés à l'automne. En attendant, les autorités rappellent les gestes de prévention : boire régulièrement de l'eau, éviter les efforts physiques aux heures les plus chaudes et maintenir les logements au frais.



