Bourdelles, île de solidarité face aux inondations de la Garonne
Bourdelles, île de solidarité face aux inondations

Bourdelles, une île au cœur de la Garonne en crue

Ce dimanche 22 février, la commune de Bourdelles, avec ses 97 habitants et ses 700 hectares entièrement inondables, demeurait une île au milieu des eaux couleur olive de la Garonne. Malgré une décrue annoncée, le brouillard persistait sur la vallée, tel un édredon sur le lit majestueux du fleuve qui a largement débordé. Au bout d'une route submergée, un petit groupe patientait pour embarquer sur la barque de Patrick Turtaud, seul moyen d'accéder au bourg distant de plus de 2 kilomètres.

Dix jours d'isolement et de résilience

Depuis une dizaine de jours, Bourdelles est coupée du monde, submergée par une crue historique rappelant celles de février 2021 et décembre 1981. Alors que la commune voisine de Bassanne a été libérée la veille, Bourdelles reste encerclée. Le niveau de l'eau, mesuré à 8,30 mètres ce matin-là, avait frôlé les 10 mètres au pic de la crue le 14 février. La décrue s'annonce lente, laissant les habitants dans un isolement forcé mais empreint de solidarité.

Patrick Turtaud, conseiller municipal et agent de voirie, devient batelier improvisé avec sa barque de pêcheur. « Des dizaines d'heures sur l'eau, des litres d'essence », raconte-t-il, pour ravitailler les maisons isolées. Deux autres embarcations municipales complètent ce service essentiel, rappelant une époque où chaque habitant possédait son bateau. Sur son embarcation, Patrick transporte Bernard et Patrick venus nettoyer la maison de leur mère octogénaire évacuée, Fleur rendant visite à son mari, et Laurence avec des cabas de provisions coordonnés via un groupe WhatsApp.

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Une communauté soudée face à l'adversité

À l'accostage, le soleil perce enfin la brume, illuminant les limons et les routes luisantes de Bourdelles. Le calme règne, seuls les chants d'oiseaux et le scintillement de la Garonne brisent le silence. Jean-Michel Mascatto, le maire de 76 ans, explique qu'une quarantaine d'habitants sont restés sur place, par attachement, pour surveiller leurs biens ou s'occuper des animaux. L'eau courante et l'électricité ont globalement été maintenues, malgré quelques coupures ponctuelles.

Le maire, épuisé par ces dix jours de crise, vient de finaliser la déclaration de catastrophe naturelle pour la préfecture. « Fatigant. Je dois être trop vieux pour ça », soupire-t-il, craignant que ces inondations répétées ne découragent certains résidents de rester. La crue a laissé des traces indélébiles : dans chaque maison, le rez-de-chaussée a été inondé, avec des hauteurs d'eau variant entre 1,40 et 1,50 mètre, endommageant électroménagers et plâtres.

Résilience et attachement au territoire

Malgré les dégâts, l'esprit communautaire prévaut. Christian Bouin, ancien maire, nettoie son garage au jet haute pression tout en rappelant que la commune avait connu quarante ans de répit entre 1981 et 2021, mais subit désormais deux crues majeures en cinq ans. Les habitants, comme Michel Di Agostini, artiste installé depuis cinq ans, affirment leur résilience : « On accepte la crue, la qualité de vie ici vaut bien un mois de nettoyage. »

La solidarité a été un pilier durant cette épreuve. Laetitia, qui a acheté sa maison juste après les inondations de 2021, confirme son attachement : « Si c'était à refaire, je signerais à nouveau. » Elle souligne l'entraide des voisins, venus la chercher en bateau pour partager des repas. Thomas, 36 ans, évoque même un « petit confinement » agréable avec Internet et Netflix, tandis que Patrick Turtaud avoue un plaisir coupable à naviguer sur les champs inondés, lui rappelant son enfance.

L'attention médiatique de TF1, LCI, France TV et Sud Ouest a aussi apporté un peu de réconfort, mettant en lumière cette communauté soudée dans son île temporaire sur la Garonne. Alors que le fleuve repasse en vigilance jaune, Bourdelles panse ses plaies, unie dans l'adversité et déterminée à rester sur ses terres ancestrales.

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