Australie : Victoria face aux flammes, entre adaptation et traditions
Dès que l'on quitte Melbourne, les paysages se transforment radicalement. Adieu les grands arbres verdoyants, bonjour à l'herbe jaunie, aux arbres décimés et aux maisons détruites. Ces images déchirantes témoignent des récents incendies qui ont frappé la région de Victoria, en Australie.
Un climat qui s'embrase
Il y a trois semaines, un feu de brousse a parcouru près de 150 000 hectares près de Longwood, à 150 kilomètres au nord de Melbourne, une zone couverte de forêts primaires. Depuis 1910, le climat australien s'est réchauffé en moyenne de 1,51 °C, selon les chercheurs. Ce changement a entraîné une augmentation de la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes, tant sur terre qu'en mer.
En pleine vague de chaleur, les températures dépassent facilement les 40 °C dans l'État de Victoria, et les vents chauds créent des conditions propices à la multiplication des feux de brousse. Cela rappelle l'« été noir » de fin 2019 et début 2020, dans la même région. Pendant cette période destructrice, des centaines de milliers de kangourous et de koalas sont morts brûlés, et plusieurs villages ont été détruits. Depuis, les incendies rythment le quotidien des habitants.
S'organiser pour sauver
Sur la route de l'ancienne ruée vers l'or australienne, la petite bourgade d'Harcourt n'est plus qu'un tas de cendres. Récemment, un feu de broussailles s'est déclaré et a détruit en quelques heures plus de soixante maisons, bien que l'école primaire, le jardin d'enfants, l'épicerie et la station-service aient été épargnés.
Alice Barthelemy, guide touristique française à Melbourne, revient sur les lieux, émue. Elle explique avec fatalisme comment les habitants s'organisent face aux incendies. « Avec le réchauffement climatique, la saison des feux est plus longue, c'est-à-dire qu'elle démarre plus tôt et finit plus tard, et surtout elle est plus dangereuse », souffle-t-elle. « Pour prévenir les risques, la région essaie de former et d'informer les habitants. Tout passe par l'application VicEmergency, on ne peut pas vivre sans cette appli qui montre sur une carte où sont les feux et à quel stade. Au bord de la route, des panneaux indiquent le risque de feu du jour et sont mis à jour régulièrement ».
En Australie, les pompiers « classiques » sont basés dans les villes. Pour gérer les feux de forêt, les habitants peuvent compter sur des volontaires, séparés en deux catégories : le Country Fire Authority et le Victoria State Emergency Service.
La faune en péril
Si les humains peuvent s'appuyer sur une application performante et des centaines de volontaires pour évacuer, les animaux sont souvent pris au piège. Lors du « Black Summer », les experts ont estimé que près d'un à trois milliards d'animaux ont été tués ou affectés.
Pour préparer au mieux les habitats, comme les forêts ou les champs, les parcs nationaux comme le Wildlife Wonders utilisent des pratiques traditionnelles. « On brûle en amont la couche extérieure de l'arbre, comme le faisaient les indigènes », explique Liam, scientifique dans la réserve. « Mais cette technique est décriée car on ne sait pas ce qui va se passer. Cet incendie volontaire peut interrompre le cycle naturel de l'arbre. Mais organiser des feux reste la norme ».
Si des koalas ou des kangourous sont blessés mais en vie, les réserves naturelles s'organisent pour les sauver. « Il y a toujours un numéro de téléphone sur le bord de la route pour joindre des spécialistes qui pourront les récupérer », ajoute Liam.
Quand les traditions n'évoluent pas assez rapidement
Si le pays est organisé pour gérer les feux et limiter les catastrophes, les habitudes de construction posent des limites. Dans tout le pays, les logements sont majoritairement construits en bois, donc très inflammables.
« Vous avez encore cette culture de pionnier. On ne construit pas pour rester, on est dans une logique d'expansion, de conquête coloniale. Donc on construit et on veut construire vite », explique Alice Barthelemy. « L'armature des édifices est entièrement en bois, et ensuite, ils amènent des panneaux préfabriqués de ciment. Les maisons autour de chez moi sont toutes en bois et n'ont pas de double vitrage. Aujourd'hui, seules les maisons récentes et de bonne qualité ressemblent aux européennes ».
Un équilibre fragile
S'il est facile de voir la terre de Victoria comme un enfer fait pour brûler ou être inondée, les habitants savent que les feux sont bénéfiques pour la survie de la faune et de la flore locale. Certains arbres ont besoin d'être en feu pour semer des graines et faire pousser de nouveaux arbres. Les eucalyptus, vitaux pour les koalas, germent grâce à la chaleur.
C'est quand les feux sont trop intenses ou trop rapprochés que la catastrophe survient, avec des sols qui deviennent stériles et la disparition d'espèces rares. L'Australie compte presque deux fois plus de kangourous que d'habitants, avec 30 à 50 millions de kangourous pour 27 millions d'habitants. Mais les koalas, qui voient brûler leurs arbres, ne sont plus que 50 millions dans ce gigantesque pays.
La région de Victoria tente de s'organiser, mais le climat change plus vite que ses plans, laissant habitants et écosystèmes dans une lutte constante contre les flammes.