Le 26 avril 1986, le réacteur numéro 4 de Tchernobyl explosait, libérant 400 fois plus de radioactivité que la bombe atomique de Hiroshima. La contamination a immédiatement ravagé les écosystèmes : la forêt de pins a été décimée, ses aiguilles sont devenues rouges, et les animaux sont morts en masse. Une zone d'exclusion de 30 kilomètres autour de la centrale nucléaire a été établie, prédite inhabitable pendant 20 000 ans. Pourtant, quarante ans plus tard, la réalité surprend les scientifiques.
Une réserve naturelle involontaire
Depuis 2016, la partie ukrainienne de la zone d'exclusion a été déclarée réserve radiologique de la biosphère. Immense laboratoire à ciel ouvert, elle est surveillée de près par les scientifiques. La première observation est sans appel : sans présence humaine, la biodiversité explose dans ce qu'on appelle désormais la « réserve naturelle involontaire ».
Loups gris, sangliers, ours et lynx prospèrent. Les chevaux de Przewalski, une espèce menacée, ont vu leur population multipliée par cinq en vingt ans. « C'est assez extraordinaire de voir la résilience de ces animaux », observe Olivier Armant de l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection.
Alors que les grands mammifères des forêts européennes se font de plus en plus rares, ils prospèrent dans la zone d'exclusion. Loin de la présence de l'homme et de ses activités invasives comme la pêche, l'utilisation de pesticides, la chasse, la déforestation ou encore le trafic routier, les animaux retrouvent une zone habitable sûre et abondante en ressources. Olivier Armant souligne également une nuance : ces grands mammifères ont la particularité de se déplacer sur des territoires larges de plusieurs dizaines de kilomètres, voire des centaines de kilomètres, et donc de varier leur taux d'exposition à la radioactivité.
Des mutations génétiques persistantes
Car cette apparente renaissance cache des fragilités. Certaines études encore en cours révèlent l'apparition de mutations génétiques chez les animaux plus petits et au territoire plus restreint. Notamment, une réduction des cortex cérébraux chez les hirondelles, une prolifération de l'albinisme, et une reproduction détériorée chez certains rongeurs ont été observées.
« Les mutations génétiques sont là, mais il ne faut pas imaginer voir des grenouilles à cinq pattes ou ce genre de phénotype, tout simplement parce que la pression de sélection sur les animaux sauvages qui y sont exposés est forte. Un individu dont la physiologie est fortement impactée ne va pas être observé dans l'environnement. Il va soit mourir, soit se faire prédater avant qu'on puisse l'observer », explique Olivier Armant.
« Ce qu'on observe au niveau moléculaire, au niveau génétique, que ce soit sur les campagnols roussâtres ou les amphibiens, notamment la rainette arboricole à Tchernobyl, c'est effectivement une élévation du taux de mutation. Cela peut être associé ou non à des phénotypes. Par exemple, chez les campagnols, le nombre d'individus de ces populations reste bas, et chez les rainettes, on observe des effets délétères, comme des protéines clivées qui sont importantes pour produire l'énergie des organismes », affirme Olivier Armant.
Les arbres poussent plus lentement
Autre effet notoire : les arbres morts en 1986 ne se décomposent toujours pas normalement. Publiés dans le journal Oecologia, ces résultats prouvent que les micro-organismes ou champignons présents dans les sols ont été affectés par la radioactivité. D'autres études ont démontré que les arbres issus des graines de ceux présents lors de la catastrophe poussent aujourd'hui plus lentement que la moyenne planétaire. Une autre preuve que la nature s'adapte, mais sous contrainte permanente de la radioactivité.
On peut tirer trois conclusions de toutes ces observations : d'une part, les organismes vivants pourraient être beaucoup plus résistants aux rayonnements que prévu. D'autre part, les espèces développent des capacités d'adaptation leur permettant de vivre dans des zones contaminées. Enfin, l'absence d'êtres humains dans la zone a certainement favorisé le développement de nombreuses espèces, en particulier les grands mammifères. Une nouvelle preuve que la nature, même malmenée au plus haut point, est résiliente.
« Planète C », c'est tous les lundis à 16h00 sur 20 Minutes TV. Une émission présentée par Lucie Franco, disponible sur le canal 32 de la TNT en Île-de-France, sur les box partout en France et sur 20minutes.tv.



