Une ouverture annuelle exceptionnelle pour observer la migration des anguilles
Le poste de comptage des anguilles du Pas-du-Bouc, situé dans la commune du Porge en Gironde, ne s'ouvre au public qu'une seule fois par an. Cette matinée de découverte est organisée conjointement par la Fédération de pêche et de protection du milieu aquatique de la Gironde et par le Syndicat intercommunal d'aménagement des eaux du bassin-versant et étangs du littoral girondin (SIAEBVELG). Ce jeudi 9 avril, vingt-cinq personnes ont pu profiter de cette occasion unique pour découvrir les enjeux de la préservation de cette espèce emblématique.
Une mission cruciale de protection et de sensibilisation
Maxime Algisi, animateur à la Fédération de pêche, précise les missions de l'organisme : « La Fédération de pêche a en charge le développement de la pêche de loisir, la police de la pêche, la protection des milieux aquatiques et la sensibilisation du public à l'écosystème de l'eau et à sa biodiversité. » Depuis 2008, la fédération assure un suivi minutieux de la migration des anguilles sur le bassin-versant des lacs médocains, en particulier sur le canal des étangs qui relie le bassin d'Arcachon au lac d'Hourtin.
Une espèce en danger critique d'extinction
L'anguille européenne est classée « en danger critique d'extinction » par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Le nombre de civelles, ces alevins qui arrivent de la mer, s'est effondré de manière dramatique depuis les années 1980. En réponse à cette situation alarmante, un règlement européen a été adopté en 2007, donnant naissance au plan de gestion anguille français. Ce plan vise à mettre en place des mesures de surveillance et de reconstitution des stocks, dont le poste de comptage du Pas-du-Bouc constitue un élément essentiel.
Des aménagements modernisés pour faciliter la migration
Estelle Jardot, représentante du SIAEBVELG, explique les récents travaux d'amélioration : « Les travaux de remplacement des anciennes écluses de Langouarde et du Pas-du-Bouc par un double ouvrage unique au Pas-du-Bouc ont permis la modernisation des passes à poissons. » Les anciennes passes étaient mal adaptées, avec une orientation problématique et une verticalité excessive. Les nouvelles installations présentent des pentes plus douces, équipées de tapis à picots sur lesquels ruisselle un fin filet d'eau. Cette configuration permet aux anguilles de se faufiler plus facilement contre le courant, attirées par le débit d'eau douce venant d'amont.
Un processus de comptage rigoureux et scientifique
Jean Martin, responsable technique de la Fédération de pêche, et Léna Fernandez, technicienne, détaillent le protocole de mesure : « À l'extrémité du tapis équipant la passe, les anguillettes tombent dans un bassin que nous vidons tous les deux jours. Nous trions les poissons par taille, donc par classe d'âge, à l'aide de tamis spécifiques. Pour chaque classe, nous prélevons un échantillon de vingt individus que nous pesons et mesurons. Cela nous permet de caractériser avec précision la population de poissons qui remonte vers les lacs, tant en type qu'en quantité. »
Une année exceptionnelle de recrutement
Jean Martin se montre particulièrement enthousiaste : « Cette année est tout simplement exceptionnelle. Sur l'ensemble de la façade atlantique, nous n'avons jamais observé un recrutement aussi fort. Depuis le début du mois de mars, nous avons déjà enregistré plus de 450 kilos d'anguillettes ! » Il émet une hypothèse pour expliquer ce phénomène remarquable : « On peut peut-être y voir une corrélation avec les quarante-cinq jours de précipitations continues et les crues massives que nous avons connues. C'est comme si les anguilles avaient répondu à l'appel de l'eau douce. » Cependant, il reste prudent : « Le cycle de vie de l'anguille dépend de tellement de facteurs – des conditions en mer lors de leur voyage aller-retour de deux fois 6 000 kilomètres, des prédateurs, du taux de reproduction, etc. – qu'il est difficile d'être catégorique sur les causes exactes de ce succès. »
Cette surveillance minutieuse et ces résultats encourageants témoignent de l'importance des efforts de conservation déployés en Gironde pour préserver une espèce emblématique et fragile. La collaboration entre la Fédération de pêche et le SIAEBVELG montre comment des aménagements adaptés et un suivi scientifique rigoureux peuvent contribuer à la reconstitution des populations d'anguilles, offrant un espoir pour l'avenir de cette espèce menacée.



