Sols : nouvel enjeu climatique et d'aménagement du territoire
Sols : nouvel enjeu climatique et d'aménagement

Face au réchauffement climatique, les sols deviennent un enjeu majeur de l’aménagement du territoire. Longtemps invisibilisé et pourtant vital, le sol est désormais au centre des préoccupations des scientifiques et des spécialistes, qui mettent en garde sur la conservation de cet écosystème discret, fragile mais encore trop souvent négligé.

Un changement de paradigme

Glissements de terrain, retraits gonflements d’argile… Les sols défraient la chronique. Si l’on parlait jusqu’ici de qualité de l’eau et de qualité de l’air, une autre préoccupation fait désormais son chemin : celle de la qualité des sols. « Ce changement de paradigme est loin d’être anecdotique », explique Jean-Claude Lacassin, pédologue en Région Sud et administrateur de l’AFES (Association française pour l’Étude du Sol). « Le sol remplit des fonctions vitales : il régule le cycle de l’eau en favorisant l’infiltration plutôt que le ruissellement, et constitue le plus grand réservoir de carbone organique stable sur Terre. » Autrement dit, sa bonne « santé » permet de lutter contre les inondations mais agit également sur le climat.

« Les sols dégradés stockent de moins en moins de CO2 ; ils ne peuvent plus jouer correctement leur rôle de puits de carbone, nécessaire à la lutte contre le changement climatique », constatait encore le GIEC dans son rapport spécial pour une gestion durable des sols publié en 2019. Autrefois considéré comme un simple support destiné à la production agricole, il est désormais étudié et considéré comme un écosystème vivant, abritant une biodiversité essentielle faite de bactéries, de champignons et de micro-organismes.

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Un cadre réglementaire en construction

Face aux enjeux liés à la santé des sols, les choses bougent. Un cadre réglementaire destiné à les protéger commence à se structurer. « Une directive européenne sur la surveillance et la résilience des sols, publiée en décembre 2025, impose désormais aux États membres de mieux protéger cette ressource, avec un objectif de réduction des dégradations d’ici 2050 », poursuit Jean-Claude Lacassin. En France, plusieurs acteurs défendent les sols : le Réseau de Mesure de la Qualité des Sols (RMQS) permet de suivre leur état grâce à des prélèvements réguliers sur l’ensemble du territoire, le Club parlementaire pour la protection et l’étude des sols (CPPES) travaille avec des élus pour mieux faire connaître l’enjeu autour des sols, et des juristes en saisissent les enjeux.

Si les professionnels saluent cette meilleure prise en compte des sols, force est de constater que les moyens qui leur sont alloués restent limités. Leur étude et surveillance disposent ainsi de financements bien inférieurs à ceux de l’air ou de l’eau, alors même que les enjeux sont comparables. Une relative invisibilité qui explique en partie le retard pris dans leur préservation. Même si cette prise de conscience est désormais gravée dans le marbre législatif avec l’objectif « Zéro Artificialisation Nette » (ZAN) issu de la loi Climat et Résilience, qui impose aux territoires de diviser par deux le rythme de consommation des espaces naturels d’ici 2031, plaçant la sobriété foncière au cœur des futures stratégies d’urbanisme, mais dont les acteurs locaux soulèvent souvent les limites.

Des sols sous pression dans les Alpes-Maritimes

Au niveau européen, 60 % des sols sont considérés comme dégradés. Les causes sont multiples. En premier lieu, l’urbanisation et l’artificialisation, une problématique majeure, notamment en PACA où des terres riches et fertiles ont été bétonnées. Les pollutions liées au passé industriel, aux pluies acides ou l’usage d’engrais. Les pratiques humaines enfin, comme le tassement des terres ou l’usage intensif de pesticides, contribuent également à fragiliser cet écosystème déjà sous pression.

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Un territoire exposé aux risques naturels

La géographie particulière des Alpes-Maritimes, qualifiées d’« Himalaya français » en raison de son relief escarpé, renforce ces fragilités. Entre mer et montagne, les pentes sont nombreuses et les sols instables. En cas de fortes pluies, ils peuvent rapidement se saturer en eau, devenir plastiques et provoquer des glissements de terrain ou des affaissements. « Les événements climatiques extrêmes aggravent encore la situation, constate Jean-Claude Lacassin. Les incendies, de plus en plus fréquents, détruisent la couche superficielle du sol. Privé de végétation, celui-ci devient vulnérable aux pluies intenses, favorisant les coulées de boue et l’érosion. L’urbanisation, en imperméabilisant les surfaces, accentue ces phénomènes. »

Préserver un patrimoine essentiel

Face à ce constat, les solutions existent mais nécessitent une mobilisation collective. Restaurer la matière organique des sols, même à petite échelle, notamment grâce aux apports de compost, permet de relancer leur fertilité et leur capacité à stocker l’eau. La végétalisation des espaces et la restauration des berges, comme dans les vallées de la Tinée ou de la Vésubie à la suite de la tempête Alex, contribuent à stabiliser les terrains. À Mouans-Sartoux, la commune a fait le pari d’une meilleure prise en compte du sol dans sa politique locale. Débétonner, renaturaliser pour mieux affronter des événements climatiques parfois extrêmes, c’est le pari qu’ont ainsi fait certaines municipalités.

Spécialiste des sols, Jean-Claude Lacassin rappelle que « les besoins sont énormes » et que la préservation des sols est un enjeu collectif qui nécessite une prise de conscience à tous les niveaux.