À Rennes, un hôtel 5 étoiles pour pigeons avec contraception intégrée
Rennes installe un hôtel contraceptif pour pigeons

D'extérieur, cela ressemble à une cabane en bois perchée. Mais à l'intérieur, c'est un véritable paradis pour pigeons : des graines, de l'eau et des love-room privatives pour accueillir des couples d'oiseaux en quête d'un nid douillet. Déjà déployé dans plus de 500 villes françaises, ce pigeonnier vient d'être installé dans le quartier Villejean, à Rennes, où la cohabitation avec les volatiles devenait de plus en plus difficile.

Une solution douce pour réguler les populations

« Quand ils sont trop nombreux, ça crée des désagréments. Il y a beaucoup de déjections, ils se posent partout sur les balcons ou les bâtiments. Sur la dalle Kennedy, ils sont plusieurs centaines. On a des commerçants du quartier qui nous disaient que c'était gênant », explique Lucile Koch, adjointe à la biodiversité et à l'animal à la ville de Rennes. Engagée dans une charte sur le bien-être animal, la municipalité se refuse à capturer ou euthanasier les pigeons. Pour tenter de réguler les populations, elle a donc opté pour une solution plus douce basée sur un système de « pigeons influenceurs » établis dans ce qui ressemble à un hôtel à pigeons.

« En colombophilie, on préfère le terme d'appelants plutôt qu'influenceurs mais c'est la même idée. On crée une nouvelle niche écologique où les pigeons trouvent tout ce dont ils ont besoin. Quand ils sortent, ils vont en parler autour d'eux et attirer d'autres couples dans le pigeonnier », détaille Albin Granger.

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La méthode contraceptive : percer les œufs

Pour limiter le nombre de bébés, le directeur de la société Sogepi Servibois a repris l'invention de son père et développé une solution contraceptive. « Tous les quatorze jours, un technicien va passer pour nettoyer le pigeonnier et remettre à manger. Avec une aiguille fine, il va venir percer les œufs. Cela va créer une petite bille d'air qui va stopper le développement de l'œuf, sans que le pigeon ne s'en rende compte ».

En adoptant cette technique, sa société peut ainsi maîtriser le nombre de bébés qui sortent de l'hôtel et limiter la prolifération. « Un couple a en moyenne huit petits par an. Ça ne paraît pas énorme. Sauf que ces petits peuvent eux-mêmes se reproduire à partir de trois mois. Un seul couple peut donc générer 22 descendants par an », poursuit Albin Granger. Avec son pigeonnier contraceptif, la société va limiter à un pigeonneau par couple et par an. « Ce n'est pas un piège, c'est une méthode de régulation douce. On force un peu la nature », explique le dirigeant de l'entreprise basée dans la Sarthe.

Un coût assumé pour le bien-être animal

« L'objectif ce n'est pas de les exterminer. Les pigeons ont le droit d'être en ville et il nous faut apprendre à coexister. On veut simplement réduire les populations », poursuit l'adjointe Lucile Koch. Pour déployer ce pigeonnier capable d'accueillir 72 couples et s'offrir une maintenance régulière, la ville de Rennes va dépenser environ 20 000 euros. Un coût qui ne semble pas freiner les municipalités. Alors qu'elle installait « six à sept pigeonniers par an » il y a moins de dix ans, la société Sogepi Servibois en pose aujourd'hui une cinquantaine chaque année. « Il y a un engouement car la solution est plus douce. Aujourd'hui, les villes prennent davantage en considération le bien-être animal », explique Albin Granger.

Le dirigeant rappelle au passage que c'est l'homme qui a contraint le pigeon à se réfugier en ville quand il a détruit de très nombreux pigeonniers après la Révolution de 1789. « C'était vu comme un symbole de richesse. » Les pigeons, victimes collatérales de la Révolution.

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