Une première historique pour les gypaètes barbus en Lozère
Un couple de gypaètes barbus, une espèce de vautours strictement protégée, a entrepris une première tentative de reproduction dans les falaises de la Lozère. Cette initiative constitue une avancée significative dans le cadre du programme européen Life GYPCONNECT-GYP’ACT, lancé il y a quatorze ans pour réintroduire cette espèce emblématique dans les Grands Causses.
Le couple pionnier : Calandreto et Aven
Le mâle, nommé Calandreto, âgé de 9 ans et originaire d'Autriche, a été libéré en 2017 à Nant, dans l'Aveyron. La femelle, Aven, âgée de 6 ans et née en Bulgarie, a été lâchée en 2020 à Frépestel, en Lozère. Leur union, formée en 2023, représente le premier couple mixte (mâle-femelle) établi dans les grands causses. Auparavant, un couple composé de deux mâles, Adonis et Layrou, s'était installé en 2018 dans les mêmes falaises lozériennes, où ils ont construit un nid en attendant une femelle pour se reproduire.
Une couvaison prometteuse mais interrompue
À l'automne, Calandreto et Aven ont commencé à préparer leur aire en apportant des branches et de la laine sur une vire rocheuse en Lozère. L'incubation a démarré le 20 janvier, avec les deux oiseaux se relayant pour couver l'œuf pondu, alternant des phases prolongées d'immobilité et des relèves régulières. Malheureusement, une trentaine de jours plus tard, avant l'éclosion, la reproduction a échoué avec l'arrêt de l'incubation. Les causes exactes restent inconnues, mais les conditions météorologiques particulièrement pluvieuses et les tempêtes successives ont probablement joué un rôle néfaste.
Un apprentissage progressif pour une espèce fragile
Le gypaète barbu atteint sa maturité sexuelle vers l'âge de 7 à 8 ans, et une première reproduction réussie peut survenir vers 10 à 12 ans. Les échecs initiaux s'expliquent souvent par un processus d'apprentissage progressif. Avec l'âge et l'expérience, les couples gagnent en efficacité et améliorent leur taux de réussite. Lorsqu'une reproduction aboutit, un couple ne produit généralement qu'un jeune par an, soulignant la fragilité de cette espèce.
Un programme européen de réintroduction ambitieux
Initiée en 2012, la réintroduction du gypaète barbu dans les Grands Causses repose sur un partenariat entre la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), le Parc national des Cévennes et le Parc naturel régional des Grands Causses. Ce programme s'inscrit aujourd'hui dans le projet européen Life GYP’ACT, visant à renforcer la population française de gypaètes barbus. Les objectifs incluent la création de nouveaux noyaux de population dans les Préalpes et le Massif Central, la facilitation des mouvements d'oiseaux depuis les populations alpines et pyrénéennes, et le rétablissement d'une continuité entre les populations d'Europe Centrale et Méridionale. À ce jour, quarante-trois jeunes gypaètes barbus ont été libérés dans les Grands Causses, alternativement dans les falaises de la Jonte en Lozère et dans la vallée du Trévezel en Aveyron.
Un signal encourageant pour l'avenir
Cette première tentative de reproduction, bien qu'inachevée, marque une étape décisive vers l'aboutissement de ce programme d'envergure européenne. Elle illustre les résultats d'un travail de longue haleine mené depuis plus de quatorze ans et renforce l'espoir de voir prochainement naître, puis s'envoler, un premier jeune gypaète barbu dans les Grands Causses. Les partenaires du programme, notamment la LPO, le Parc naturel régional des Grands Causses et le Parc national des Cévennes, considèrent cette avancée comme particulièrement prometteuse pour la conservation de la biodiversité.



