Le plancton, cet ensemble d'organismes microscopiques dérivant dans les océans, est un pilier de la vie marine et un acteur clé de la régulation climatique. Pourtant, il reste largement méconnu. Pour y remédier, des scientifiques allient désormais épuisettes et intelligence artificielle (IA). L'objectif : collecter des données massives sur ces espèces pour mieux les comprendre et les protéger.
Une collecte de données révolutionnaire
Traditionnellement, l'étude du plancton repose sur des prélèvements à l'épuisette, suivis d'observations au microscope. Ce processus est long et fastidieux. Aujourd'hui, des chercheurs de l'Institut de la mer (Ifremer) et du CNRS développent des méthodes automatisées. « Nous utilisons des caméras sous-marines couplées à des algorithmes d'IA pour identifier et compter les espèces de plancton en temps réel », explique le Dr. Jean-Baptiste Ledoux, biologiste marin au CNRS.
Ces dispositifs, déployés lors de campagnes océanographiques, génèrent des quantités colossales d'images. L'IA, entraînée à reconnaître les formes et les mouvements des organismes, permet de traiter ces données avec une rapidité inégalée. Selon l'Ifremer, ce système peut analyser jusqu'à 10 000 images par heure, contre quelques centaines pour un expert humain.
Un enjeu écologique majeur
Le plancton joue un rôle crucial dans l'écosystème marin. Il constitue la base de la chaîne alimentaire et produit plus de 50 % de l'oxygène que nous respirons. De plus, il absorbe environ un quart du CO2 émis par les activités humaines, contribuant ainsi à atténuer le changement climatique. Cependant, le réchauffement des eaux, la pollution et l'acidification des océans menacent sa survie.
« Sans plancton, c'est tout l'équilibre des océans qui s'effondre », alerte le Dr. Ledoux. « Les données récoltées grâce à l'IA nous permettent de modéliser l'impact des perturbations environnementales sur ces communautés et d'anticiper les changements à venir. »
Vers une protection ciblée
Les informations issues de ces analyses aident à identifier les zones marines les plus riches en plancton et donc à prioriser les efforts de conservation. Par exemple, des aires marines protégées pourraient être établies dans les régions où la diversité planctonique est la plus élevée.
Le projet, baptisé « PlanktonIA », associe également des citoyens via une plateforme participative. Les volontaires peuvent contribuer à l'annotation des images, améliorant ainsi les performances de l'IA. « La science participative est essentielle pour accélérer nos recherches », souligne le Dr. Ledoux.
À terme, les chercheurs espèrent déployer des bouées équipées de caméras et d'IA en continu dans les océans du globe, créant un réseau d'observation permanent. Cela permettrait de suivre en temps réel l'évolution du plancton et de réagir rapidement aux menaces.



