À Montpellier, le microfleurissement transforme un quartier en oasis urbaine
Microfleurissement : un quartier de Montpellier devient une oasis

« L’été, quand je rentre chez moi, je reconnais mon quartier les yeux fermés. Il sent bon le chèvrefeuille et la clématite ! » s’exclame Mathilde, ingénieure écologue de 41 ans, installée depuis trois ans avec sa famille dans une petite maison du faubourg Méditerranée, derrière la gare Saint-Roch, à Montpellier. Autrefois quartier populaire avec son usine à gaz et ses modestes maisons mitoyennes, où les familles gitanes installaient leur tablée dans la rue au son de la guitare de Manitas de Plata, il est aujourd’hui en voie de gentrification et devient un modèle de microfleurissement. Des centaines de plantes – roses de Banks, plumbagos, bignones – grimpent le long des façades minérales, enjambent parfois les rues ou se hissent jusqu’aux toits.

Une expérience réussie

Frank Plana, retraité et président de l’association de quartier Mare Nostrum, à l’origine du projet, montre du doigt deux fenêtres à l’étage : « Ce sont des chambres. Dans celle qui est à l’ombre du chèvrefeuille, l’été, il fait 5 °C de moins que dans l’autre. » L’effet fraîcheur est indéniable : sous une arche de plumbagos, rue de Lorraine, la température atteignait 27 °C en plein juillet quand il faisait 38 °C au soleil. La plante grimpante n’est pas arrivée par hasard : Frank a choisi son chèvrefeuille il y a dix ans au centre horticole de Grammont, muni d’un « bon de végétaliser ». Les services de la mairie ont creusé un trou devant chez lui pour lui permettre de prendre racine. « Il a végété deux ou trois mois avant de trouver la nappe phréatique, mais ensuite, il est bien parti, se réjouit le retraité. Il a fallu couper la cime. Si on le laissait faire, il serait allé jusqu’au toit ! »

Si le microfleurissement a si bien pris racine ici, c’est parce qu’il est né des habitants eux-mêmes. « Plusieurs expériences avaient été menées par la mairie, mais ça n’avait pas trop marché parce que cela avait été imposé d’en haut, raconte Christine Konopnicki, une des pionnières du projet. Ici, c’est notre association qui a mobilisé les habitants à partir de 2013. » L’expérience réussie du quartier inspire la municipalité : 4 000 bons de végétaliser ont été délivrés entre 2019 et 2025. « Notre idée, indique Stéphane Jouault, adjoint à la nature en ville et à la biodiversité, c’est de lancer des appels à projets dans d’autres quartiers pour inciter les habitants à le faire de façon collective. »

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Créer du lien social

Cette aventure demande de la persévérance. « Au départ, on avait 118 emplacements pour les fleurs, se souvient Frank Plana. Beaucoup sont mortes ou ont été remplacées. On s’est vite rendu compte que les plantes, il fallait s’en occuper ! » Marc, un retraité qui entretient un lierre d’Allemagne planté sur la façade de sa résidence, confirme : « Les autres habitants apprécient, mais je suis le seul à m’en occuper régulièrement. Comme il y a une bonne épaisseur de béton en dessous, il faut l’arroser. »

La baisse de la température n’est pas le seul bienfait. Pour Frank Plana, « les plantes ont créé beaucoup de lien social dans le quartier. Les habitants volontaires se réunissent le dimanche au sein d’une brigade verte pour les entretenir. Et à la fin, on se retrouve ensemble pour l’apéro ! » Latifa Foltz, 45 ans, ingénieure en BTP, n’a pas toujours le temps d’y participer, mais elle cultive la convivialité devant chez elle, grâce à un petit tunnel de verdure qu’elle a fait pousser au fond d’une impasse. « Le comportement des gens change. Ils s’arrêtent, discutent. » Ce petit poumon vert a aussi fait fuir les dealers.

Refuge pour la biodiversité

D’autres plantes, celles qui poussent naturellement dans les interstices des trottoirs, sont laissées en paix. Le quartier Méditerranée est en effet le premier « quartier sauvage » de Montpellier. « Les services de la ville ont arrêté, dans certaines rues, le désherbage de la flore spontanée, de tout ce qu’on appelle les mauvaises herbes qui étaient autrefois arrachées », explique Stéphanie Grosset, chargée de mission à la direction Paysage et biodiversité de la Ville de Montpellier.

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Les habitants en prennent soin. « On a même créé un fil WhatsApp pour dire : “j’ai vu telle fleur, à tel endroit, quand est-ce qu’on se fait une sortie pour les identifier ?” », raconte Mathilde, nouvelle habitante du quartier, qui laisse pousser naturellement la végétation sur son bout de trottoir. « L’objectif, c’est de montrer qu’en impliquant les habitants, on peut transformer un quartier en véritable refuge pour la biodiversité urbaine », indique l’association Tela Botanica, qui porte le projet de « quartier sauvage » avec le Museum d’histoire naturelle de Paris.

« Les plantes amènent aussi des insectes, des abeilles, des libellules. Et on entend le chant des oiseaux le matin », ajoute Latifa Foltz. Cet écosystème urbain intéresse le Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive, un laboratoire de recherche du CNRS et de l’Université de Montpellier, qui a lancé une étude sur la biodiversité des sols dans les microfleurissements. « Certaines personnes pensent que les microfleurissements attirent les rats, mais ce n’est pas le cas ! », assure Frank Plana.

Seul revers du microfleurissement, selon les habitants de Méditerranée : l’augmentation du foncier. « C’était un quartier ouvrier, en déshérence. Et il a pris, depuis, énormément de valeur. »