De la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle au choix de la solution et aux travaux, en passant par la reconnaissance du sinistre par l’assureur, tout est long, compliqué. Témoignages de propriétaires qui ont obtenu gain de cause et en ont terminé avec les travaux, qui sont encore sur le chemin ou seulement au début d’un éprouvant combat.
Le "crac énorme" dans la nuit de 2018
Le "crac énorme", comme un "coup de pistolet", dans cette nuit de 2018, est imprimé dans la mémoire de Murielle et Bertrand. Comme la déchirure sur le mur porteur séparant cuisine et salon, dont ils dessinent dans l’air le tracé. Ils avaient acheté la maison, de 1978, dans cette impasse de Villeneuve-lès-Maguelone, dix ans auparavant. Malgré quelques fissures "ici et là. En se disant : 'Comme dans toutes les maisons…' Et puis, elles se sont mises à apparaître partout, littéralement !"
L’affaire va durer six ans, à l’instar de celle de François – "quatre ans de combat" –, quelques rues plus loin, mais le couple se sortira par le haut de ce qui trop souvent vire au drame économique et humain. Le député Vincent Ledoux, missionné en 2023 sur le sujet des retraits-gonflements d’argiles, ne parlait-il pas de sinistrés du RGA, "victimes directes du krach climatique" privées "d’accompagnement social ou de soutien psychologique" ? De propriétaires "seuls et isolés" face à leur problème, victimes sans "statut".
La maison, c’est Beyrouth
"T’es tout seul. Tu n’y connais rien, tu n’as pas les compétences pour discuter avec l’expert de l’assureur, les sommes en jeu sont inatteignables si tu dois prendre toi-même en charge les réparations", soupire François, acquéreur en mai 2014 d’une villa qui "s’ouvre" en deux avec la sécheresse de cette année-là. Alors "tu batailles dans un cauchemar sans fin", dit le père de famille. "Tu stresses, tu te demandes si tu ne vas pas te faire avoir", reprend Bertrand. "Le ouf de soulagement, c’est l’accord de l’assurance pour les travaux", se souvient Murielle, qui avait la chance de travailler "dans une entreprise de BTP : les devis de ce genre de travaux, c’est mon métier, j’avais un peu de répondant."
François a préféré s’adosser à un "expert judiciaire auquel on n’allait pas raconter d’histoire". Murielle et Bertrand ont multiplié les échanges, les deux familles ont obtenu la solution de renforcement par micropieux, pour la bagatelle de 150 000 et 135 000 €. Une paille, au prix de deux mois hors de chez eux, la maison devenue "Beyrouth" à cause des foreuses, de la poussière, du bruit et des façades et des murs couturés.
Laurence et l’appréhension des travaux
Laurence, à Montpellier, l’appréhende, justement, c’est pour juin. "Ils vont mettre 22 micropieux, ils vont tout casser. Là, j’ai une boule au ventre, c’est lourd." En 2019, lorsque les premières fissures sont apparues, elle n’a pas pu. "La CAT NAT avait été reconnue (NDLR, une demande de commune sur deux est rejetée, en moyenne), mais l’expert m’a dit : 'Non, ce n’est pas la sécheresse'. J’accompagnais mon chéri au stade final du cancer, j’ai laissé tomber." Trois ans plus tard, la terrible sécheresse de 2022 (6 700 communes en état de catastrophe naturelle) lézarde la maison de la cité Molière en long, en large et en escalier et Laurence part à la bataille, avec succès, sous le regard de ses voisins.
Céline Molière, à géométrie variable
"Dans le quartier, on ne parle que de ça" et pour cause… Dans le salon de Sylvie, il y a Xavier, Gilles et sa maman, nonagénaire. Tous sont au début de l’histoire, après que Montpellier a été reconnue en CAT NAT en 2023, laquelle a fait des dégâts cité Molière. La maman de Gilles, Xavier, Sylvie et Sophie possèdent et habitent quatre villas mitoyennes. L’assureur de la dernière a acté le fait que ses fissures résultent d’un retrait-gonflement d’argiles, mais elle s’oppose à la solution choisie. Pour les trois autres, "c’est non" et le règne de l’incompréhension, le sentiment d’être dupé et de l’évidence bafouée.
Sylvie : "On a entendu la maison craquer." "Il y a des fissures en escalier typiques", montre Xavier, qui, ulcéré, n’a eu droit qu’à une expertise "en visio", quand on a opposé à Gilles "des photos extraites de Google Maps !" Sylvie ne le cache pas, excédée, elle « ne voit pas d’issue, c’est une prise de tête », alors que sa maison a besoin d’une profonde rénovation, impossible, aucun "artisan ne veut s’y risquer". Gilles a tranché : "J’ai pris un expert d’assuré, il nous a dit que ce sera long, mais nos maisons ne valent plus rien." Xavier hésite. Plus haut, Laurence "espère que ces travaux seront définitifs". "J’ai ça dans la tête, désormais", avoue aussi Murielle, pas tout à fait libérée.
Ce que dit la loi Elan
La question des retraits-gonflements d’argiles n’est pas propre à la France. D’autres pays européens sont concernés et la recherche s’y est intéressée de longue date. Pourtant, alors que l’aléa sécheresse est depuis 1989 intégré dans le dispositif catastrophe naturelle, il aura fallu attendre 2018 et la loi Elan pour qu’une obligation s’impose aux vendeurs de terrain à bâtir et à celui qui veut construire une habitation individuelle sur un terrain lui appartenant situé en zone d’aléa moyen à fort : la réalisation d’une étude de sol, dite géotechnique. Depuis le 1er janvier 2020, cette analyse livre une photographie géologique, fournit des éléments d’évaluation du risque pour au mieux adapter la construction.



