Quand l'été se termine, les lézards ne migrent pas vers des contrées plus chaudes : ils s'enfoncent dans des cavités, souvent à quelques mètres de l'endroit où ils étaient visibles, et entrent en torpeur. Leur disparition automnale n'est qu'un changement d'échelle, passant des surfaces ensoleillées à l'épaisseur d'un mur ou du sol.
Un retrait progressif lié à la température
Comme sa température dépend de l'environnement, le lézard alterne entre soleil et abri pour se réchauffer ou éviter la surchauffe. À l'automne, les journées raccourcissent et les insectes se raréfient. Les périodes permettant de chasser puis de digérer deviennent trop courtes. L'animal réduit donc ses sorties et gagne un refuge d'hivernage, généralement proche de son territoire. Il ne part pas, il devient invisible à nos yeux.
La date du retrait dépend de l'espèce, mais aussi de la latitude, de l'altitude, de l'exposition du terrain et de la météo. Il n'existe donc pas de basculement général à la fin de l'été. Sur un mur bien exposé, un lézard peut encore sortir lors d'une journée douce, alors qu'un individu vivant dans un milieu plus froid a déjà gagné son refuge. L'entrée en hivernage est progressive, tout comme le retour à l'activité au printemps.
Des refuges choisis pour éviter le gel
Fente profonde dans un mur, espace entre des pierres, terrier abandonné, cavité sous une souche ou sous terre : les lézards recherchent un abri protégé du gel direct et des pluies. Le sol et la pierre se réchauffent et se refroidissent plus lentement que l'air, ce qui atténue les variations brutales de température autour de l'animal.
Une vaste série d'observations menée de 1971 à 2022 en Sibérie occidentale permet de mieux comprendre ce choix. Les chercheurs ont recensé 173 lézards vivipares dans 54 refuges d'hiver. Dans les sols étudiés, les abris situés entre 15 et 25 cm de profondeur étaient près de trois fois plus nombreux que ceux découverts dans les dix premiers centimètres. Certains se trouvaient dans des galeries laissées par des racines ou d'autres animaux, y compris dans des jardins et des vergers. Les lézards y hivernaient seuls ou à plusieurs, le corps replié sur lui-même.
Une torpeur sensible aux variations climatiques
Dans son refuge, le lézard entre en torpeur. Sa température suit celle du milieu, son métabolisme ralentit et il vit sur ses réserves. Cette dormance n'est cependant pas continue : un redoux peut le rendre momentanément actif.
Pour comparer les effets d'un hiver durablement doux et ceux de redoux passagers, une équipe de l'université de Bangor a étudié 61 lézards des murailles adultes capturés à Bournemouth, dans le sud de l'Angleterre. Après une baisse progressive de la température, les animaux ont passé trois mois et demi dans l'obscurité, avec des abris et de l'eau. Un groupe était maintenu à 4 °C, un autre à 8 °C et le troisième alternait cinq jours à 4 °C et deux jours à 8 °C. Des caméras infrarouges enregistraient notamment leurs sorties des abris et leurs déplacements vers l'eau.
À 8 °C en permanence, les lézards ont effectué plus de quatre fois plus de mouvements liés aux abris qu'à 4 °C et réagissaient davantage aux stimulations. En revanche, le groupe soumis à deux jours doux par semaine est resté aussi peu actif que le groupe froid. Les réserves corporelles ont diminué dans les trois groupes, mais la baisse n'était pas plus marquée chez les lézards maintenus à 8 °C. Un marqueur relevant les traces d'oxydation de l'ADN était plus élevé à 8 °C, mais l'écart n'était pas statistiquement concluant.
L'expérience montre donc qu'une douceur persistante perturbe davantage la torpeur que de courts redoux. Elle ne prouve pas, à ce stade, qu'elle épuise les lézards ou réduit leur survie dans la nature. Préserver ces refuges dans les jardins est d'autant plus important que, même cachés, les lézards restent sensibles aux variations du climat. Leur disparition à l'automne ne signifie pas leur absence.



