Ce samedi 23 mai 2026, sous les frondaisons et les parfums de gazon coupé, les jardins Biovès de Menton se sont transformés en véritable clairière pédagogique. Entre les bêlements des moutons, le pas tranquille des ânes, les plumes, les graines et les jeunes pousses, une trentaine de stands ont fait éclore le même message : protéger le vivant. Mais ce jour-là, la cible n’était pas seulement le grand public. Dans le viseur des associations, agriculteurs et artisans présents : les enfants. Car c’est souvent dans les petites mains que germent les plus grandes révolutions.
Pour réapprendre à s’émerveiller du vivant
À quelques mètres des animaux de la ferme, des enfants confectionnent des masques à partir de feuilles, plumes, os et matériaux recyclés. Une manière ludique de renouer avec une nature parfois devenue lointaine. « Cela permet de retrouver la magie du vivant et réapprendre à s’émerveiller », explique Océane Cresvaux, de l’association La Tribu du vivant. « Aujourd’hui, les écrans prennent trop de place. Sans sensibilisation, les enfants ne se sentiront pas concernés par des enjeux comme la déforestation ou les violences faites aux animaux. »
Cette immersion sensorielle séduit aussi les parents. Richard et Virginie ressortent de l’atelier avec leurs deux enfants de 3 et 6 ans. « Ça les change. On est trop souvent en ville », sourit le couple. « Quand on a vu qu’il y avait des moutons, on a tout de suite voulu les emmener. Il faut qu’ils manipulent les choses, qu’ils comprennent ce que donne la nature. Ce n’est pas seulement en regardant ou en écoutant une vidéo qu’on apprend. Là, ils vivent une expérience. »
À quelques pas, Louise, 8 ans, repart avec un petit sachet de graines. « Je vais les planter sur mon balcon », promet-elle à sa mère. Cette dernière l’avoue : « C’est drôle, parce qu’à la maison, c’est elle qui nous rappelle maintenant de trier les déchets ou d’éteindre les lumières. »
« Ils montrent l’exemple à leurs parents »
Une scène qui n’étonne pas René Bonvallat, chef adjoint de l’Office français de la biodiversité dans les Alpes-Maritimes. « Les enfants ont encore une ouverture d’esprit remarquable. Aujourd’hui, ce sont les premiers à vouloir protéger la biodiversité dans son ensemble. Ils montrent parfois l’exemple à leurs parents », souligne-t-il. Il complète, montrant ses maquettes de serpents et insectes, qui attirent de nombreux regards curieux : « La biodiversité est aussi un formidable vecteur de sociabilisation. Tout le monde est concerné, quels que soient l’âge ou le milieu. Face au vivant, nous sommes tous égaux. »
Pour les acteurs de terrain, cette sensibilisation précoce est essentielle. « L’adulte qui a de mauvaises pratiques, on ne le change pas, c’est trop tard. Mais l’enfant, on peut encore lui montrer que même si une action ne lui sert pas directement, elle sert à la planète », explique François-Xavier, salarié de l’association Terre en Compost. « Plus tôt on leur explique, plus vite ils deviennent acteurs du changement. À la cantine, jeter son trognon de pomme dans un compost partagé est un geste simple qui peut les accompagner toute leur vie. »
L’apprentissage passe aussi par des objets du quotidien. Sur le stand d’Econotes, les visiteurs découvrent des cahiers réutilisables sur lesquels il est possible d’écrire, d’effacer puis de recommencer. « Cela évite de créer un réflexe de consommation où l’on jette systématiquement le papier après usage », explique Chloé, responsable produit de l’entreprise mouginoise. Plus tard dans la journée, un petit tente de convaincre, en vain, son papa de l’acheter. « Mais avec moins de déchet, tu auras moins à amener la poubelle dehors ! »
Finalement, est-ce que la biodiversité n’avait pas trouvé ses meilleurs ambassadeurs ? Ils ne votent pas encore, ne conduisent pas et dépassent parfois à peine les stands du regard. Mais ce samedi, ce sont bien eux qui ont fait pousser l’espoir d’un changement de paradigme dans des jardins Biovès toujours plus verts.



