Frelons asiatiques : l'apiculteur azuréen Florent Andrieu lance un cri d'alerte
Frelons asiatiques : l'alerte d'un apiculteur azuréen

Florent Andrieu, apiculteur professionnel installé à Tanneron, lance un cri d'alerte : les ruches qu'il dépose en automne sur la Côte d'Azur, notamment à Mandelieu et à Cannes, sont décimées par le frelon asiatique. Il appelle à signaler les nids de cet ennemi public numéro un pour tenter de résister à son invasion.

Un apiculteur de cinq générations face à une menace grandissante

Dans sa boutique sur la place de Tanneron, les pots de miel s'alignent : sarriette, lavande, toutes fleurs, bruyère, arbousier, thym. Ces miels proviennent de ruches situées entre le Var, les Alpes-de-Haute-Provence et les Alpes-Maritimes. Apiculteur depuis cinq générations, Florent Andrieu affirme « participer à un avenir meilleur, avec un produit alimentaire sain et sans transformation ».

Mais cette activité est menacée. Le professionnel alerte sur Facebook, comme une piqûre de rappel : « Nous sommes des apiculteurs, et nos abeilles se font massacrer par les frelons asiatiques ! » Son post suscite déjà de nombreuses réactions en faveur d'une mobilisation. Pour Florent Andrieu, la situation est grave : « L'invasion des frelons asiatiques est partie de Bordeaux il y a quinze ans, et avec 87 départements touchés, il est déjà trop tard pour l'éradiquer. Mais on peut au moins lutter pour résister. »

Des ruches inutilisables et des abeilles en mode survie

L'apiculteur témoigne des dégâts concrets : « L'an dernier, toutes les ruches que j'avais placées sur Cannes-Mandelieu étaient inutilisables à partir d'octobre. J'ai été obligé de transhumer mes abeilles en pleine nuit, pour les accueillir dans l'Estérel. » Sur l'aérodrome Cannes-Mandelieu, il a déjà signalé « jusqu'à dix frelons par jour ».

Le frelon asiatique ne menace pas seulement les abeilles. « Lorsqu'elles sont attaquées, elles se mettent en mode survie dans la ruche, certaines se défendent, mais pas une ne décolle pour aller aux fleurs, et les reines cessent de pondre. Quant aux survivantes, elles en ressortent plus faibles, et beaucoup moins productives. Et puis le frelon impacte aussi l'ensemble de la faune, décime les autres insectes alentour », explique Florent Andrieu.

Malgré ces attaques incessantes, il va encore placer quelques ruches « sentinelle » sur une propriété forestière côtière à Mandelieu, en test. « Normalement, à partir de septembre, on les descend de Valensole pour profiter des floraisons littorales. Mais sur l'aérodrome Cannes-Mandelieu où j'avais placé des ruches l'an dernier, on m'a déjà signalé jusqu'à dix frelons par jour ! Alors j'appelle les pouvoirs publics à nous aider, et le public à être vigilant. »

Un coût pour les particuliers, une aide maintenue dans le Pays de Grasse

Signaler un nid de frelons asiatiques et le faire détruire est un acte écocitoyen qui a un coût pour le particulier. Depuis fin 2024, le Département ne cofinance plus cette opération, sauf pour les apiculteurs professionnels. Muriel Cary, chargée de mission biodiversité dans le Pays de Grasse, précise : « Avant, lorsqu'un particulier ou un apiculteur amateur déclarait un nid, on coordonnait l'intervention, prise en charge pour moitié par le Département et pour moitié par l'agglomération, c'était gratuit pour le signaleur. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas, mais le président Jérôme Viaud a souhaité maintenir un dispositif d'aide. »

Avec une enveloppe annuelle de 8 000 euros, la communauté d'agglomération du Pays de Grasse continue de financer 40 à 60 % de l'opération (à environ 380 euros, plus ou moins chère selon l'emplacement du nid) en faisant appel à un apiculteur spécialisé. Sur le site de la CAPG, une page dédiée permet d'engager facilement le processus, « depuis La Roquette jusqu'au Briançonnet. Nous avons ainsi détruit 110 nids en 2025, mais depuis le début 2026, nous en sommes déjà à plus de 85, et on peut avoir vingt demandes par semaine », indique Muriel Cary.

À Cannes, en revanche, une entreprise spécialisée est mandatée par la commune uniquement lorsqu'un nid est signalé sur un bâtiment ou une propriété communale (57 en 2025, 29 depuis début 2026). Mais « lorsqu'un nid se trouve sur une propriété privée, son traitement relève du propriétaire, à ses frais », précise la Ville. La destruction des nids de frelons asiatiques reste donc un acte écocitoyen engagé, nécessaire pour préserver les abeilles et la biodiversité, et pour que les miels, pains d'épices, guimauves et bonbons du Rucher de Florent continuent d'exister.