Les opposants au projet de ligne à très haute tension (THT) entre Jonquières-Saint-Vincent et le bassin industriel de Fos-sur-Mer ont vivement réagi à l’annonce de l’État concernant l’instruction du dossier de demande de déclaration d’utilité publique (DUP). Si celle-ci est validée d’ici la fin de l’année, les 85 pylônes pourraient très vite sortir de terre, suscitant la colère des associations et des élus locaux.
Une étape déterminante
Le ministère chargé de l’Énergie a indiqué que l’instruction de la DUP, déposée par RTE le 3 avril dernier, serait lancée dans les prochaines semaines. Cette DUP pourrait aboutir au troisième trimestre 2026, marquant la validation du projet en l’état. Les acquisitions foncières et les éventuelles expropriations pourraient alors être entamées. Le gouvernement justifie cette accélération par la nécessité d’électrifier les usages pour réduire la dépendance aux énergies fossiles importées, soulignant l’impact sur le pouvoir d’achat et la compétitivité industrielle. Les usines du golfe de Fos représentent aujourd’hui 25 % des émissions de gaz à effet de serre industrielles en France.
Réactions des opposants
Le collectif THT13/30, qui regroupe 36 associations, qualifie cette annonce de "choquante". Ses porte-paroles, Jean-Laurent Luchesi et Jean-Luc Moya, estiment que le gouvernement répond davantage à un calendrier politique en vue des élections présidentielles qu’à une réalité technique. Ils ne s’opposent pas à l’électrification de la zone de Fos-sur-Mer, mais réclament un projet alternatif consistant à enterrer la ligne THT pour éviter la pollution visuelle et les impacts environnementaux, notamment sur les habitats d’oiseaux. Selon eux, la solution de l’enfouissement n’a jamais été sérieusement écartée par des arguments techniques probants. Lors de la concertation publique, ils avaient suggéré d’enfouir la ligne sous le Golfe du Lion ou le long du Rhône, mais ces options ont été jugées trop onéreuses (4 milliards d’euros contre 400 millions) ou techniquement complexes.
Les opposants dénoncent également la nomination de tiers-facilitateurs plutôt que de médiateurs, y voyant une volonté de faire accepter une décision déjà prise plutôt que de construire un compromis.
Mobilisation des élus et des agriculteurs
Le président de l’appellation des Costières de Nîmes, Cyril Marès, promet "un Notre-Dame-des-landes bis au milieu de la caisse de résonance qu’est la Camargue" si l’État reste inflexible. Il dénonce une ligne inadaptée et démesurée qui oppose décarbonation et biodiversité, industrie et agriculture, tourisme et emplois. De nombreux élus locaux partagent cette position. Le président de la communauté de communes Beaucaire Terre d’Argence, Nelson Chauson, annonce de nouvelles actions et rappelle que toutes les voies de recours possibles seront utilisées pour faire obstacle à ce projet.
La future ligne THT promet donc d’être très électrique avant même le début des travaux.



