C'est souvent « la récompense » de la rando en été : une baignade dans un lac de montagne. Après des heures de marche, on rêve de se rafraîchir tout en profitant d'un beau panorama. Il est pourtant très déconseillé, voire interdit à certains endroits, de s'y baigner afin de préserver un écosystème de plus en plus sollicité.
Un constat alarmant pour les lacs de montagne
« Je vis au pied du massif de Belledone (Alpes) où se trouve une centaine de lacs, commente Fiona Mille, présidente de Mountain Wilderness France. Je comprends bien que quand on a un ressenti à 43 degrés à Grenoble, on a très envie d'aller se baigner là-haut. Mais le souci, c'est qu'on n'a pas toujours conscience des impacts de notre pratique. »
Piétinement des berges
Si on se dit qu'une petite baignade sauvage n'a aucune conséquence sur le milieu, on se trompe. Rien que le piétinement des berges est dommageable « et pourrait provoquer la disparition des herbiers et la faune associée », alerte un rapport sur les enjeux de conservation de la macrobiodiversité des lacs de montagne français, publié en novembre 2025 par le Muséum d'histoire naturelle de Paris.
D'autant que les épisodes de chaleur ont accru la fréquentation de ces zones reculées et sauvages « même au-dessus de 2.000 mètres d'altitude en été », pointent les auteurs du rapport. Dans les Alpes, le lac de Lauvitel, situé dans le parc des Écrins reçoit depuis 2011 entre 23.000 et 37.000 visiteurs par an, celui du lac de Pormenaz entre 16.000 et 23.000 personnes par an et le lac Achard a attiré 60.000 visiteurs en 2023. « L'enjeu, se situe surtout en dehors des parcs nationaux et des réserves, où l'on n'est pas sur des espaces directement protégés », estime Fiona Mille.
Dilution de la crème solaire
L'écosystème des lacs de montagne peut également être perturbé par les produits que l'on met sur notre peau - à commencer par la crème solaire - et qui viennent se mélanger à l'eau et « perturbent la microfaune », alerte Fiona Mille. Les écrans solaires libèrent dans l'eau « des nutriments inorganiques qui peuvent alimenter la croissance des algues », abonde le rapport du muséum d'histoire naturelle.
Ces hormones peuvent agir comme des perturbateurs sur les organismes aquatiques. Si peu d'études font la démonstration des conséquences de la baignade sur la biodiversité, « les plans d'eau de plaine montrent généralement une absence totale de végétation aquatique au niveau des zones de baignade, ce qui révèle l'influence de cette activité sur la flore aquatique », relève-t-il.
Comment protéger ces espaces ?
Face à ces risques, certaines communes proscrivent la baignade. Dans le parc national des Ecrins, la baignade est désormais interdite dans tous les plans d'eau du plateau d'Emparis ainsi que dans les lacs du plateau du Taillefer. Dans le lac de Montriond, en Haute-Savoie, il a été choisi d'aménager une petite retenue d'eau pour se baigner, et préserver la majeure partie du lac. « Au-delà des campagnes de sensibilisation, je trouve important de développer la présence humaine dans les territoires de montagne », poursuit Fiona Mille. Des gardes de parcs, écogardes ou médiateurs peuvent « rendre compréhensible les panneaux, en expliquant les raisons pour lesquelles il ne faut pas se baigner. »
Alternatives pour se rafraîchir
Il vaut ainsi mieux se rafraîchir dans les rivières, où l'eau circule. Meilleure option encore : les nombreux lacs artificiels dans lesquels la baignade est autorisée. « La grande différence, c'est qu'en montagne, on est sur des lacs naturels, qui sont des réservoirs de biodiversité et des milieux fermés dans lesquels les polluants déposés vont stagner », insiste la présidente de l'association Mountain Wilderness France. Et promis, le cadre de votre baignade sera également exceptionnel.



