Avignon : les chercheurs de l'Inra décryptent la mortalité des abeilles
Avignon : l'Inra explique l'hécatombe des abeilles

Unique en France, l’unité de recherche "abeilles et environnement" de l’Inra d’Avignon traque inlassablement les causes de leur hécatombe. Des villes qui s’étendent et bétonnent, repoussant la nature, des champs sans fleurs sauvages ni haies, des cultures intensives gorgées de pesticides : la vie des abeilles n’est plus bucolique. Depuis une vingtaine d’années, leur existence est devenue un calvaire.

Une mortalité explosive depuis 1995

"Leur mortalité a explosé depuis 1995", explique Yves Le Conte, directeur de l’unité de recherche sur les abeilles de l’Inra d’Avignon. Avec vingt-trois autres personnes, dont dix chercheurs ingénieurs, ils étudient les causes de cette hécatombe – avec des taux de 30 % de mortalité – et scrutent au microscope leurs 250 colonies d’abeilles. "Ce qu’on a pu comptabiliser pour les abeilles domestiques est aussi valable pour les mille espèces d’abeilles sauvages."

Les pesticides néonicotinoïdes en cause

En ligne de mire très vite, les pesticides nouvelle génération qui promettaient d’éviter les pulvérisations en enrobant les graines. "Mais on a pu démontrer que ces néonicotinoïdes passaient dans le pollen et le nectar et intoxiquaient les abeilles." Le retrait du Gaucho en 2006 est une première victoire. En 2012, la revue Science publie les recherches de l’Inra d’Avignon : 650 abeilles équipées d’une micropuce ont été étudiées. Les butineuses nourries avec du thiaméthoxame, substance du Cruiser utilisé pour le maïs et le colza, étaient désorientées, incapables de retrouver leur ruche. "Nous apportons les preuves scientifiques, l’État tranche et a choisi la suspension du Cruiser", se réjouit Yves Le Conte. Jusqu’en décembre 2015, un moratoire interdit trois pesticides.

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Autres causes : varroa, noséma, frelon asiatique

L’Inra planche aussi sur les autres causes de surmortalité. Depuis 1982, le varroa, un acarien parasite, tue les abeilles. Toutes les ruches sont infestées. Elles sont aussi victimes du noséma, un champignon microscopique. "Quand ils entrent en synergie avec un pesticide, le cocktail toxique est exponentiel", observe le chercheur. On est passé de 11 à 22 virus pathogènes répertoriés. Sans parler du frelon asiatique, grand prédateur d’abeilles.

Conséquences pour l'alimentation humaine

Cette disparition n’est pas sans conséquence. La production de miel a chuté d’un tiers. Mais plus de 30 % de ce qu’on mange dépend de la pollinisation, et l’Inra d’Avignon a montré que 84 % des espèces cultivées ont besoin d’abeilles pour se reproduire. "Particulièrement les concombres, les melons. Les céréales ne sont pas concernées." En Chine, dans certaines régions, les pesticides ont tellement été utilisés qu’il n’y a plus d’abeilles ; on envoie des enfants polliniser les fleurs une à une avec une pipette. "L’image est un peu forte, modère Yves Le Conte. Mais sans elles, les écosystèmes seraient dramatiquement modifiés." Peut-être, en mourant, les abeilles nous alertent-elles sur le monde dans lequel nous voulons vivre.

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