Arjuzanx : une renaissance écologique sur les cendres industrielles
En février 1993, une nouvelle étape symbolique est franchie dans le démantèlement de la centrale thermique d’Arjuzanx, dans les Landes : la fin du chantier de décontamination de l’amiante. Cet événement marque un tournant décisif dans la transformation d’un site industriel en un sanctuaire de biodiversité, aujourd’hui célèbre en Nouvelle-Aquitaine.
Un passé minier profondément enraciné
Pendant plus de trois décennies, de la fin des années 1950 au début des années 1990, le site d’Arjuzanx a été le théâtre d’une intense activité minière, dominée par l’extraction du lignite, un charbon brun abondant dans la région. Électricité de France (EDF) a acquis 2 700 hectares sur les communes de Morcenx, Arjuzanx, Rion-des-Landes et Villenave pour y construire une centrale thermique, entrée en fonction en décembre 1959. À son apogée, l’exploitation employait plus de 600 personnes et a contribué à doubler la population de Morcenx, passant de 3 000 à 6 000 habitants entre 1958 et 1965.
Cependant, les années 1970 ont sonné le glas de cette prospérité. L’épuisement progressif du gisement et la rentabilité déclinante face aux énergies pétrolière et nucléaire ont poussé EDF à envisager la fermeture. Malgré les résistances politiques et syndicales en 1973 et 1978, la décision irrévocable d’arrêter la centrale a été prise en mars 1987, avec une cessation définitive de la production le 26 février 1992. Un dernier adieu, surnommé « adichats », a réuni plus de deux mille personnes en mai 1992, clôturant une époque industrielle.
La reconversion : un pari écologique audacieux
Dès 1981, dans le cadre de la loi sur la protection de la nature, EDF a lancé une étude d’impact avec l’Office national de la chasse (ONC) pour préparer la reconversion du site. Les travaux de réaménagement ont débuté en 1985, incluant le reprofilage des berges et la création d’ouvrages hydrauliques. En 1987, le site a été classé en réserve nationale de chasse et de faune sauvage, avec une convention prévoyant la plantation de 1 à 1,5 million d’arbres.
Le démantèlement des infrastructures industrielles s’est poursuivi après 1992, avec la dépose de la cheminée en 1994 et l’abattage des tours de refroidissement en 1995. Parallèlement, le développement écologique a pris son essor : en 1993, une plage a été inaugurée sur l’ancienne zone d’extraction, et plus de 140 espèces animales ont été recensées. Le site a évolué pour être inscrit dans des réseaux européens de protection de la nature et classé Zone de protection spéciale en 2002.
Une réserve naturelle d’envergure nationale
Le 1er janvier 2004, la gestion du site a été confiée au Syndicat Mixte de Gestion des Milieux Naturels, après son acquisition par le Conseil général des Landes. Les investissements se sont multipliés, avec 5,5 millions d’euros consacrés à l’accueil des visiteurs, culminant dans une réouverture officielle en mai 2015. L’aboutissement de cette métamorphose est survenu le 3 août 2022, avec le classement en Réserve naturelle nationale par décret ministériel, faisant d’Arjuzanx la 22e réserve de ce type en Nouvelle-Aquitaine.
Aujourd’hui, la réserve naturelle d’Arjuzanx attire près de 200 000 visiteurs par an, devenant le deuxième site le plus fréquenté de la région. Elle abrite une biodiversité riche, avec jusqu’à 80 000 grues cendrées recensées en 2021, et symbolise une réussite exemplaire de reconversion industrielle, où la nature a repris ses droits sur un passé minier oublié.



