En Bretagne, les algues vertes envahissent les vasières, grandes oubliées des plans de lutte
Alors que les échouages d’algues vertes sur les plages bretonnes sont régulièrement médiatisés, un autre phénomène préoccupe les scientifiques et les associations environnementales : la prolifération de ces algues dans les vasières, ces zones humides situées en arrière des plages ou le long des estuaires. Longtemps négligées par les politiques de lutte, ces vasières deviennent des réservoirs de nitrates et de phosphates, favorisant la croissance des ulves.
Un écosystème sous pression
Les vasières sont des milieux naturels riches en biodiversité, abritant de nombreuses espèces d’oiseaux, de poissons et d’invertébrés. Mais l’apport excessif de nutriments issus de l’agriculture intensive (nitrates, phosphates) transforme ces zones en véritables « soupes vertes ». Les algues, en se décomposant, consomment l’oxygène de l’eau, créant des zones mortes et libérant du sulfure d’hydrogène, un gaz toxique.
Des plans de lutte insuffisants
Les plans de lutte contre les algues vertes se concentrent principalement sur les plages, où les ramassages mécaniques sont effectués. Mais les vasières, moins accessibles et moins visibles, sont souvent exclues de ces opérations. Selon un rapport de l’ONG Surfrider Foundation Europe, « les vasières représentent pourtant une part importante de la biomasse d’algues vertes, et leur absence de traitement permet une régénération rapide des stocks ».
Des conséquences sanitaires et économiques
La décomposition des algues dans les vasières produit des gaz toxiques qui peuvent affecter la santé des riverains et des promeneurs. En 2021, un cheval est mort après avoir inhalé du sulfure d’hydrogène sur une vasière de la baie de Saint-Brieuc. Par ailleurs, la prolifération des algues nuit au tourisme et à la pêche à pied, activités économiques essentielles pour la région.
Les agriculteurs pointés du doigt
Les associations environnementales dénoncent le rôle de l’agriculture intensive, notamment les élevages porcins et avicoles, dans l’enrichissement des eaux en nitrates. Malgré les mesures agro-environnementales mises en place, les taux de nitrates restent élevés dans les cours d’eau bretons. « Tant que l’on ne réduira pas les apports à la source, les algues continueront de proliférer, y compris dans les vasières », alerte un porte-parole de l’association Eau et Rivières de Bretagne.
Des solutions à explorer
Des expérimentations de ramassage des algues dans les vasières ont été menées, mais elles sont coûteuses et techniquement complexes. Certaines collectivités locales testent également la réutilisation des algues comme fertilisant ou pour produire du biogaz. Cependant, ces solutions restent marginales face à l’ampleur du phénomène. Les scientifiques appellent à une approche globale, incluant une réduction des intrants agricoles et une restauration des zones humides.
En attendant, les vasières bretonnes continuent de se verdir, rappelant l’urgence d’agir sur tous les fronts, et pas seulement sur les plages.



