France : 1 082 loups recensés, une estimation controversée malgré une méthode affinée
1 082 loups en France : une estimation controversée

Un décompte lupin complexe et contesté

Le territoire français abritait 1 082 loups à la fin de l'hiver 2025, selon les dernières estimations officielles. Ce chiffre, issu d'une méthodologie affinée par le CNRS et l'Office français de la biodiversité (OFB), reste vivement contesté par les éleveurs, qui le jugent largement sous-estimé. La polémique persiste malgré les avancées scientifiques visant à améliorer la précision du recensement de ce grand prédateur protégé.

Une méthode basée sur l'ADN et les statistiques

Pour évaluer la population lupine, une équipe du CNRS à Montpellier, dirigée par le chercheur Olivier Gimenez, a optimisé une approche combinant écologie et mathématiques. Fondée sur l'identification génétique des individus via l'analyse d'échantillons (déjections, poils, dépouilles), cette méthode permet d'extrapoler le nombre total de loups, y compris ceux non détectés directement. Durant l'hiver 2024-2025, 2 172 échantillons ont été analysés, avec 1 047 suffisamment qualitatifs pour identifier 639 profils génétiques individuels.

Julien Steinmetz, responsable de l'unité grands prédateurs de l'OFB Occitanie, supervise la formation de milliers de bénévoles – défenseurs de la nature, agriculteurs, chasseurs – qui traquent les indices hivernaux. "Leur quête est fine, minutieuse, souvent centrée sur des empreintes dans la neige, espérant mener à des excréments ou poils", explique-t-il. Depuis 2010, ce partenariat CNRS-OFB s'appuie sur ces fragments pour estimer une population que tout décompte exhaustif rend impossible, selon Olivier Gimenez.

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Des critiques persistantes malgré une fiabilité accrue

La méthodologie, affinée en 2017 et 2020, restait imparfaite, avec une marge d'erreur de 33% en 2021. Un travail publié dans Biological Conservation en mars 2026 a introduit des modèles statistiques de capture-recapture spatialisés, intégrant la localisation des indices génétiques. "Cela permet de tenir compte du fait qu'un loup a plus de chances d'être détecté près de son domaine vital", précise Olivier Gimenez. Résultat : l'intervalle de confiance est réduit à 9,4% pour 2024-2025, avec une estimation moyenne de 1 082 loups (entre 989 et 1 187 individus).

Pourtant, Mélanie Brunet, présidente du collectif d'éleveurs aveyronnais Cercle 12, dénonce un chiffre "complètement sous-estimé". Elle s'appuie sur des collectes inférieures aux objectifs – 1 964 échantillons analysés sur 4 124 prévus en 2023-2024 – et estime la population bien plus élevée, notamment dans les Alpes. "Pour nous, le comptage n'est pas fiable", affirme-t-elle, ayant alerté la ministre de l'Agriculture en janvier 2026.

Enjeux de conservation et de gestion

Le nombre de loups est crucial pour la protection de l'espèce au niveau européen et guide les politiques de gestion, notamment les quotas d'abattage. En 2026, 21% de la population estimée, soit 227 loups, peuvent être prélevés via des tirs dérogatoires, avec un suivi obligatoire de l'impact. Julien Steinmetz souligne que cette estimation "répond à une critique justifiée sur l'imprécision passée".

Olivier Gimenez envisage d'améliorer encore les estimations en documentant mieux l'effort de prospection sur le terrain. Cependant, la défiance des éleveurs demeure forte, illustrant les tensions entre conservation de la biodiversité et activités agricoles. Ce débat complexe continue d'animer les discussions sur la cohabitation avec le loup en France.

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