« Mon fils est tétanisé et craint qu’on le retrouve s’il parle. » Au téléphone, ce père de famille d’un élève du collège Rosa-Bonheur, au Châtelet-en-Brie (Seine-et-Marne), n’en mène pas large face à ce qu’il dénonce comme un trafic de puffs, ces cigarettes électroniques jetables, à l’intérieur de l’établissement.
Pourtant, l’environnement de ce collège, situé à une dizaine de kilomètres de la ville-préfecture Melun, semble paisible. Passé les champs et les bois environnants, les pavillons s’enchaînent dans des rues plutôt calmes. Seulement, une fois les grilles du collège dépassées, l’ambiance semble nettement moins sereine. « Les puffs sont partout, lâche spontanément un élève à la sortie de l’établissement, avant de baisser le ton. On a subi des coups de pressions. » Selon nos informations, ce sont des élèves de 4e et 3e qui auraient lancé ce business dont il forcerait la vente auprès des plus jeunes.
« Ils mettent des coups de pression »
« Il y a des élèves qui fument dans les couloirs, les toilettes, parfois même au fond de la classe. D’autres en proposent à la vente, détaille un adolescent. Ils ne sont pas plus de quelques-uns. » « Deux ou trois », estime un autre. Par contre, « ils mettent des coups de pression », rigole jaune un jeune de 6e. « Ça craint », lâche un autre, avant de filer sans demander son reste.
« Ils nous forcent à en acheter, résume un autre qui assure n’avoir pas grand-chose à craindre de ces apprentis dealers. Une fois l’un d’eux m’a pris par le col avant de le desserrer très vite. Il avait oublié que j’ai un grand frère et qu’il en a peur. »
Mais sans ce sésame du grand frère, certains élèves préfèrent raser les murs. « J’ai découvert les pressions subies par mon fils sur son fil WhatsApp, explique un autre père de famille. Un élève plus âgé, scolarisé en 4e ou 3e, est devenu agressif, le forçant à acheter car il en avait soi-disant à des prix défiant toute concurrence. Comme il y a des fils WhatsApp entre classes, ils ont dû récupérer le numéro. »
Le rectorat et la justice veillent
« Pour être tranquille, ma fille lui a expliqué en avoir acheté ailleurs, s’énerve la mère d’une adolescente. On sent sa crainte et la peur des représailles ! » Toutes ces histoires ne sont pas passées inaperçues auprès des diverses autorités.
« La principale du collège Rosa-Bonheur a été informée d’un possible point de vente de cigarettes électroniques jetables dans une épicerie à proximité de l’établissement, précise le rectorat de Créteil. Elle en a rapidement fait part à la gendarmerie. »
« La proviseure nous a informés d’un trafic lié aux puffs voici une dizaine de jours », confirme Patricia Torcol, la maire (SE) de la commune, avant de rappeler : « Je n’ai aucune autorité sur l’établissement, c’est géré par le conseil départemental. »
« Bien que l’existence ou non de ce point de vente ne relève pas de la compétence de l’Éducation nationale, l’équipe de direction de l’établissement est pleinement mobilisée sur ce sujet dans son rôle de prévention et de protection des élèves », insiste le rectorat, bien au courant des dangers pour les jeunes. « L’interdiction de détention et d’usage des cigarettes électroniques jetables a été rappelée aux collégiens et aux parents », admet-il.
Déjà huit intoxications dans un établissement près de Fontainebleau
La justice, en l’occurrence le parquet de Melun, suit aussi ces dossiers de près. « Nous sommes particulièrement vigilants, explique Jean-Michel Bourlès, procureur de la République de Melun qui se souvient d’une affaire concernant déjà des collégiens d’un établissement autour de Fontainebleau. Nous avons eu huit intoxications avec des mineurs qui avaient fumé des puffs avec du PTC (Pète ton crâne, soit des produits avec des dérivés de cannabinoïdes). »
Pour tenter d’alerter parents et enfants, l’académie de Créteil « s’inscrit activement dans la prévention des conduites addictives en milieu scolaire, dans le cadre de la démarche globale d’éducation à la santé à l’école. Cette prévention est intégrée dans les programmes dès l’école élémentaire et tout au long du cursus scolaire ».
« En janvier 2025, nous avions fait un dossier de prévention dans le journal municipal pour prévenir les parents des dangers de ces nouvelles cigarettes jetables », abonde la maire, qui se souvient « avoir eu de nombreux retours des parents ».



