Depuis le mois de mars, l'association Cannes Cinéma teste un nouveau système audio pour les personnes sourdes et malentendantes à l'espace Miramar, situé à deux pas de la Croisette. Ce dispositif permet de relier les appareils auditifs au son du film via la technologie Auracast. Cependant, l'information peine à circuler, et Joël Malton, projectionniste et responsable technique de Cannes Cinéma, manque de retours d'utilisateurs pour évaluer l'efficacité réelle du système.
Une révolution silencieuse à l'espace Miramar
Dans les entrailles de l'espace Miramar, une « révolution », pour l'heure silencieuse, se prépare. Installé face à ses moniteurs, dans la petite régie plongée dans le noir, Joël Malton en est persuadé : « C'est une vraie opportunité technique, mais elle reste méconnue. » Depuis son poste qui surplombe la salle de projection et le public, happé par le film Juré N° 2 de Clint Eastwood, le projectionniste tient dans la main un petit haut-parleur Bluetooth. « Il est compatible Auracast, souligne-t-il, avant de presser un bouton. Voilà, j'ai le son du film, je l'ai pris pour tester sur place, ça me permet de voir si ça marche. »
Qu'est-ce que l'Auracast ?
Auracast est un dispositif Bluetooth qui, à l'inverse du classique, permet de diffuser un signal audio vers un nombre illimité d'appareils compatibles, un peu à la manière du Wi-Fi. « Ça fonctionne, il faut juste que les gens le sachent », insiste Joël Malton. Au-delà des écouteurs et autres casques audio, cet outil est particulièrement utile pour les personnes malentendantes. « On s'en sert dans les lieux publics, les gares, les aéroports, etc. Il faut juste une prothèse auditive compatible et l'on se connecte, sans code, à la liste de diffuseurs, via une application sur son téléphone. Comme la radio », explique-t-il.
Un test lancé en mars, mais peu de retours
Joël Malton a lancé ce test début mars lors des séances de Cannes Cinéma à l'espace Miramar. Malheureusement, il n'a pour l'heure pas de retour d'utilisateurs. « Les gens appareillés ne savent pas que ça existe, ou s'ils en sont équipés ou même comment l'utiliser avec leur téléphone, soupire le projectionniste. Nous avons, en majorité, un public d'un certain âge... » La méconnaissance touche aussi les professionnels. « C'est général, assure Joël Malton. Ça fonctionne, il faut juste que les gens le sachent. Mais c'est le serpent qui se mord la queue : les salles ne sont pas équipées, donc les audioprothésistes n'équipent pas leurs clients. »
Un système peu coûteux et facile à installer
Actuellement, au-delà du sous-titrage, c'est le système de BIM (boucle à induction magnétique) qui prédomine pour les malentendants dans les salles de projection. « Le problème, c'est que la bobine n'est pas miniaturisable à l'infini et que les appareils sont de plus en plus petits. Du coup, la BIM se fait de moins en moins. Et puis, ce sont des jours de travail pour équiper une salle et tirer les câbles, ça a un coût », explique Joël Malton. L'Auracast, en revanche, « n'est pas cher et facile d'installation », même s'il concède qu'il reste « des réglages techniques » à réaliser. Cependant, « des ingénieurs font des tests son pour les malentendants sur le site piste-hi.fr ». Sûr de son fait, Joël Malton a contacté des audioprothésistes cannois et a trouvé une oreille attentive dans le centre-ville. « Elle a accepté que je fasse une démonstration et a commandé des prothèses compatibles Auracast, pour que ces clients puissent les tester ici. » En attendant, il va « continuer de questionner les gens appareillés », sans une once de découragement : « Une dame qui a lu, dans notre newsletter, qu'on avait le système Auracast, a acheté une prothèse compatible. Mais elle va voir les films à La Licorne, pas à Miramar... »
Une technologie intéressante mais pas universelle
Sourd de naissance et membre du conseil d'administration d'Unanimes (Union des associations nationales pour l'inclusion des malentendants et des sourds), le Cannettan David Pinson est un tenace militant de la cause, notamment dans les salles obscures. Interrogé, il estime : « Auracast est une évolution technologique intéressante qui, en permettant une diffusion audio directe vers les appareils, réduit les interférences par rapport à la BIM. » Il rappelle les démonstrations au Grand auditorium du Palais des festivals, lors du congrès ORL, preuve « de l'intérêt croissant de la filière. »
Cependant, celui qui est aussi membre de l'association mouansoise Goya (Gestes oreilles yeux amour) est formel : « Auracast ne doit pas remplacer la BIM. Les deux doivent coexister. » Plusieurs raisons : l'absence de compatibilité avec tous les appareils, comme l'a évoqué Joël Malton, qui empêche un « déploiement universel. » Puis, « être appareillé ne garantit pas une compréhension optimale en salle. Le sous-titrage adapté (VFSTSME) reste indispensable. La capacité d'écoute ne devient réellement efficace qu'avec des aides complémentaires. »
Chaque personne a des besoins différents
Ainsi, David Pinson martèle : « L'accessibilité doit être multiple : BIM, Auracast, VFSTSME, audiodescription. Chaque personne en situation de handicap auditif a des besoins différents, aucune technologie unique ne répond à tous. » Il formule une « recommandation concrète » : qu'au moins un film sur cinq propose le sous-titrage adapté, pour « garantir un véritable accès à la culture et non une accessibilité ponctuelle. » Enfin, il insiste sur la nécessité « d'une information claire du public et d'une formation des équipes, afin d'en assurer une utilisation effective. »



