SOS Amitié face à l'augmentation des appels : recrutement pour une antenne à Cannes
SOS Amitié recrute pour ouvrir une antenne à Cannes

Parodiée dans « Le Père Noël est une ordure », l'association SOS Amitié, qui propose une écoute anonyme et gratuite 24 heures sur 24, fait face à des besoins croissants. Dans l'objectif de créer une antenne cannoise, celle de Nice arrivant à saturation, elle recrute des « écoutants ».

Des besoins en hausse constante

« SOS Détresse amitié bonjour », « Je suis au bout du rouleau »... Vous connaissez sûrement la suite de cette réplique culte du célèbre film « Le Père Noël est une ordure », sorti en 1982. Ce que vous ignorez sans doute, c'est que l'association SOS Amitié, dont s'inspire humoristiquement la pièce du Splendid, puis le film de Jean-Marie Poiré, est plus que jamais en activité. Et plus que jamais utile. Alors que nos vies sont saturées de sollicitations virtuelles via les réseaux sociaux, la ligne d'écoute téléphonique, accessible 24 heures sur 24, reçoit 3,5 millions d'appels par an en France, pour 1.900 écoutants. C'était 2,9 millions avant la crise Covid.

« Les besoins augmentent. On arrive à répondre à un appel sur 6 le jour, un sur 10 la nuit. Mais heureusement qu'on est là. On fait face, parfois, à des histoires dramatiques », souligne Philippe Vergne. Désireux « d'être utile aux autres », ce retraité fait partie, depuis 2020, des 36 « écoutants » de l'antenne de Nice. Pour que la détresse ne reste pas sans réconfort, il y a ces voix qui rassurent, ces oreilles qui entendent. Outre la ligne d'appel anonyme et gratuite, il existe la messagerie chat, ouverte de 13 heures à 3 heures du matin. Mais ceux qu'on appelle les « écoutants » ne sont plus assez nombreux à Nice. D'où le projet d'ouvrir une antenne SOS Amitié à Cannes.

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Un projet pour Cannes

C'est l'ambition de l'association, créée en 1960 à Paris et répartie en 44 antennes locales. « On gère 11.000 appels par an à Nice. En participant à Viva Associations à Cannes, en septembre, on a vu une vingtaine de personnes partantes. On souhaite recruter des bénévoles - une dizaine - dans l'objectif d'ouvrir un local à Cannes, en décembre ou janvier prochains ». C'est une campagne de mécénat auprès d'entreprises et de dons qui permettra de financer ce nouveau projet.

Les critères pour devenir écoutant

Les critères pour apporter son aide à des inconnus dans la peine ? Il faut avoir plus de 25 ans, être disponible 12 heures par mois si on a une activité professionnelle, et un profil bienveillant et empathique. « Nous les sélectionnons via deux entretiens dont un avec notre psychologue. Puis, il y a une formation qui débutera en septembre : quatre jours de théorie et 45 heures d'écoute en binôme ». Une mission altruiste d'équilibriste. « On apprend à avoir une écoute active, à être centré sur la personne, sans juger, ni conseiller ».

Plus de détresse sur le chat

Qui sont ces nombreux anonymes qui ont recours à cette hot-line de l'amitié ? « Pour les appels téléphoniques, 50 % viennent de personnes avec des problématiques de santé mentale. Les autres souffrent de solitude, de mal-être, jusqu'aux idées suicidaires. Quand la situation est critique, on essaie de créer un lien de confiance et on leur demande si on peut prévenir les pompiers. Ce sont des appels au secours... ». Ces appels, dits de « suicidants », sont heureusement rares : l'antenne niçoise en gère une quinzaine par an. Depuis la fin des années 2000, l'autre vecteur de communication de SOS Amitié, c'est le chat. « Les échanges sont plus graves qu'au téléphone. Il est utilisé par une population plus jeune, des adolescents, beaucoup de filles avec des idées noires, qui peuvent être happées par des vidéos de suicide sur les réseaux. N'allez pas sur les réseaux, venez chatter avec nous ! » lance Philippe Vergne. La durée moyenne d'un appel est de 23 minutes, 42 minutes pour le chat. Il suffit parfois de ce lien humain ténu au bout du fil pour ne pas basculer. « Et ne pas... appuyer sur le bouton... ».

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Anne-Marie, écoutante depuis 28 ans

Elle raccroche. Et cela résonne aussitôt. Voix douce et attentive. Toujours. Sans jugement. L'oreille au combiné des âmes tourmentées des quatre coins de la France depuis 28 ans. Dans cet anonymat mutuel, qui libère la parole. « J'ai toujours la même émotion quand je prends le téléphone. Il ne faut pas que cela devienne une habitude ». Anne-Marie, 80 ans, est la doyenne de SOS Amitié à Nice. « En 1998, je travaillais encore en entreprise. Divorcée, mes enfants partis, je cherchais une activité portée sur les autres ». La Niçoise d'origine normande n'a plus jamais arrêté. Et assure 4 heures d'écoute par semaine, « plutôt dans l'après-midi. Je ne fais plus les nuits. Il faut être costaud, mais j'ai une capacité, une fois passée la porte du local, à mettre les choses de côté ». Cette empathique a tout entendu du mal-être intime de ses contemporains en presque trois décennies. « Problèmes de couples, souffrances psychiques, mais surtout existentielle. On a plus de jeunes et d'hommes qu'avant. On a des prisonniers, des hommes qui cherchent parfois à nous instrumentaliser dans un but sexuel, et là, je refuse. Mais il y a surtout l'isolement social, la solitude qui a augmenté en 30 ans ». Un souvenir lui serre encore le cœur. « J'ai eu une jeune femme qui était passée à l'acte avec des médicaments, ne voulait pas de secours. Elle avait appelé pour ne pas mourir seule. Je l'ai écouté jusqu'au bout... ». Alors Anne-Marie continue à tendre l'oreille et le cœur. « Les gens ont besoin d'être écoutés. C'est un bénévolat difficile, qui apporte énormément. »

Infos : sosamitie.org. Numéro d'appel : 09.72.39.40.50.