Placée en redressement judiciaire le 2 juillet 2025, l’enseigne bordelaise de street food Santosha comptait sur sa filiale traiteur, Taoh, pour renforcer son poids économique. Mais des commandes nationales non honorées ont obéré ses finances. La sortie du tunnel passe par un repositionnement de l’offre à l’échelle locale.
Un investissement qui tourne au cauchemar
Ce devait être l’investissement nécessaire « pour renforcer la solidité du groupe », témoigne Benoît Germaneau. « Ça a été tout l’inverse », déplore l’associé de Santosha. Cinq ans après la création d’un laboratoire de cuisine à Sainte-Eulalie, Santosha s’apprête à adopter un plan de continuation qui mettra fin à la procédure de redressement judiciaire engagée l’été dernier devant le tribunal de commerce de Bordeaux et aura coûté près d’un million d’euros.
Avec « la niaque et l’envie » dont ils ne se sont jamais départis, les associés soulignent que les déboires de Taoh auront permis « à la marque d’évoluer en gamme » et de rester fidèle à l’ADN du restaurant fondateur qui « a toujours été de proposer des plats sains, sans additifs, avec de vraies sauces maison », énumère Bertrand Vironneau, le responsable du laboratoire. Tout en s’ouvrant à d’autres horizons culinaires.
Une nouvelle activité pour répondre aux nouveaux modes de consommation
Au sortir du Covid-19, Emmanuel Meuret, fondateur en 2007 de l’enseigne bordelaise de street food, et ses associés constatent « une évolution des modes de consommation ». Que viendront conforter les crises successives. Pour ces entrepreneurs issus des mondes de la restauration et de la finance, « le développement d’une nouvelle activité » s’impose, en complément de la vingtaine de restaurants déployés en France par Santosha, en propre comme en franchises, et dégageant un chiffre d’affaires global de 23 millions d’euros. Au total, 500 000 euros sont investis pour transformer « une coquille vide » en unité de production culinaire.
Un contrat prometteur qui tourne au fiasco
Taoh élabore une offre à découvrir en grande distribution autour des plats phares de la cantine asiatique, sous la marque Meoh Meoh. Le projet tape dans l’œil d’une grande enseigne nationale qui souhaite intégrer ces recettes dans sa gamme cuisines du monde, mais sous sa propre bannière. À la clé pour les Bordelais : un marché d’un millier de magasins en Île-de-France auquel « fournir 40 000 unités par semaine ». « On adapte notre outil de production pour démarrer autour de huit recettes », se souvient Thomas Quéau, en charge du suivi qualité.
Côté finances, Benoît Germaneau se satisfait du contrat annonçant « un prévisionnel de 1,1 million d’euros et un chiffre d’affaires annuel de 4,5 millions d’euros ». Taoh recrute jusqu’à 17 personnels, commande 54 000 boîtes de conditionnement au logo de l’enseigne et entame la production fin août 2022.
Après seulement cinq mois de collaboration, « on avait perdu plus de 500 000 euros et chaque commande nous coûtait de l’argent », rapporte le financier du trio. Santosha, la maison mère, met donc la main au portefeuille pour combler ces pertes. Pour les porteurs de projet, l’incompréhension est totale : leur sont renvoyés les plats « à six jours de la date de limite de consommation » alors même que de nouvelles commandes sont passées, « mais toujours inférieures au volume prévisionnel », note Benoît Germaneau.
Un gaspillage insensé et une reconversion locale
À Sainte-Eulalie, Thomas Quéau cherche à limiter l’invraisemblable gaspillage, contraire à l’éthique du groupe de restauration, qui cherche aussi à minimiser ses pertes économiques. « Un jour, ils nous ont renvoyé 1 200 plats », se souvient le responsable du laboratoire. L’hémorragie doit être stoppée. Les plates-formes antigaspi ne suffisent pas à écouler les volumes. Et même l’ouverture d’un point de restauration Taoh, rue Sainte-Catherine à Bordeaux, ne peut compenser le manque à gagner.
Problème, « on n’avait pas de plan B », recontextualisent les entrepreneurs qui avaient misé « en toute confiance sur ce mono client ». La perspective d’une issue se dessine finalement au plan local, via une entreprise proposant des frigos connectés dans les entreprises. Les volumes sont certes moins conséquents. « Mais on est passé de l’usine à l’approche traiteur, plus agréable et valorisante », savoure Bertrand Vironneau qui développe les propositions culinaires au-delà de l’identité thaï du Santosha.
Proche du seuil de rentabilité
« On est maintenant proche du seuil de rentabilité », se félicite Benoît Germaneau. Mieux, la progression des commandes est constante chaque semaine. À la baisse des volumes de production s’établissant aujourd’hui autour de 4 000 plats par semaine, Taoh a adapté les modes de conservation pour satisfaire toutes les demandes. « Ultra-frais, bocaux ou sous atmosphère, nos plats se conservent de J-3 à J+12 », détaille Bertrand Vironneau. Sans déroger aux fondamentaux de Santosha, résolument ancré dans « le bon, le sain et sans additif », insiste Thomas Quéau.



