Sandra N’Kaké, artiste compositrice, chanteuse, productrice et comédienne, couronnée par deux Victoires de la musique (en 2012, Victoire du jazz dans la catégorie Révélation instrumentale française de l’année, prix Frank Ténot, et en 2024, Voix de l’année aux Victoires du jazz), se produira au Forum Jacques-Prévert de Carros le 2 octobre 2026 avec son spectacle [ELLES]. Ce concert, qui réinterprète les œuvres de créatrices majeures comme Björk, Jenny Mitchell ou Nina Simone, est conçu comme un « geste politique » d’émancipation et de partage.
Un spectacle féministe et sororal
Rencontrée dans le parc du château de Mouans-Sartoux, où elle s’est produite le 31 juillet dernier, Sandra N’Kaké ne sépare jamais l’art de l’engagement politique. Féministe revendiquée, anticapitaliste, elle brise le silence assourdissant entourant les ravages de l’inceste, en signant notamment la musique du podcast d’Axelle Jah Nkiké, La fille sur le canapé, et en soutenant activement la CIIVISE (Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants) ainsi que le mouvement #MeTooInceste. Également engagée auprès de SOS Méditerranée aux côtés de Jeanne Added, Raphaèle Lannadère ou Camélia Jordana avec le spectacle Protest Songs, elle transforme le plateau en un territoire d’émancipation collective.
Conçu avec ses complices de longue date, Jî Drû à la flûte traversière et Paul Colomb au violoncelle, [ELLES] est une ode à la lenteur et à la sororité. « Toutes ces femmes ont créé des chemins singuliers, explique la chanteuse. Et grâce à leur singularité, on s’est senti autorisés à résister, autorisés à simplement exister, à se lier aux autres. Créer des espaces de partage, c’est un geste politique important. »
La matière sonore de l’instant : un trio organique
Sur scène, [ELLES] prend la forme d’un objet sonore singulier. Aux côtés de la voix, de la guitare et du bâton de Sandra N’Kaké, la flûte tribale et modale de Jî Drû converse avec le violoncelle hybride de Paul Colomb, passé par la musique de chambre et l’électronique. Ensemble, ils sculptent une matière faite de cris, de chuchotements, de souffles et de crissements. Cette architecture instrumentale unique ne repose pas sur une partition rigide, mais sur une écoute mutuelle et vivante.
« Nos antennes doivent être les plus affûtées, les plus ouvertes et les plus souples possible pour accueillir ce qui advient et le transformer », confie Sandra N’Kaké. Pour s’y préparer, l’artiste s’impose avant chaque montée sur scène un temps de silence : « Un silence d’être disponible pour rien d’autre que prendre la mesure, se rappeler pourquoi on fait les choses, quelle est l’intention de mon geste. Être en conscience. »
Face à l’algorithme, l’éloge de l’éphémère
À l’heure où l’industrie musicale est envahie par les flux automatisés et la frénésie du streaming, le trio [ELLES] prend un parti pris radical : ce spectacle n’existera jamais sur disque. Il n’appartient qu’à la scène, à l’espace physique, au moment partagé entre les artistes et la salle. « On nous a demandé de faire des disques, mais nous n’en avons pas envie », tranche la chanteuse. « On trouve ça beau que cela n’existe que pour les personnes qui viennent nous voir, que cela n’existe que pour le moment. »
Ce rapport au temps irrigue d’ailleurs ses projets futurs. Alors qu’elle vient d’entamer une résidence d’écriture à Amiens avec son compagnon de route Jérôme, Sandra N’Kaké revendique une forme d’artisanat patient : « Dans le tout rapide, le tout maintenant, respecter les algorithmes, nous faisons vraiment tout à l’envers. Nous prenons le temps d’écrire une chanson, de peser les mots, de laisser reposer. Prendre le temps permet ensuite d’aller loin dans la puissance, dans la vérité et dans la générosité. »
Soigner sans dogme, tendre un miroir
Si sa musique est souvent perçue comme un baume réparateur, Sandra N’Kaké refuse les étiquettes faciles. « Je ne peux pas affirmer de manière permanente que ce que je fais soigne, ce serait un peu dogmatique. Mon objet premier est de tendre un miroir à d’autres, pour que les personnes puissent sentir la ressource qu’elles possèdent, éventuellement les traumas qui les traversent pour pouvoir les travailler. La musique facilite, elle accompagne. »
Nourrie par sa pratique du théâtre, l’artiste conçoit le spectacle vivant comme une tentative de bâtir, le temps d’une soirée, des « sociétés horizontales » où chaque voix compte. Pour Sandra N’Kaké, investir les scènes de proximité relève d’une véritable nécessité : « Pour construire le monde de demain, on a besoin de penser, de rêver, d’échanger des points de vue différents », affirme-t-elle. « Il faut aller partout, d’un point de vue géographique comme sociologique. Si les personnes doivent se poser la question de savoir s’il est nécessaire d’aller à un concert, la réponse est oui. Il n’y a pas que la survie de l’estomac, il y a aussi la survie de l’esprit. Les espaces de spectacle vivant nous permettent de sortir du tout intellectuel et du tout violent. »
Le concert aura lieu vendredi 2 octobre 2026 à 20 h au Forum Jacques-Prévert / Salle Juliette Greco à Carros. Tarifs : à partir de 21 euros.



