Le gîte d'étape Nasbinals Accueil et découverte en Aubrac (Nada), situé au centre du village de Nasbinals, affiche quasi complet cette semaine. Les 42 lits disponibles, répartis entre dortoirs et chambres privatisées, sont presque tous réservés, selon Armelle, l'une des deux hospitaliers présents cette semaine. Les marcheurs qui se présentent le soir même peuvent encore espérer une place, mais la haute saison impose de réserver à l'avance.
Un fonctionnement basé sur le donativo
Le gîte fonctionne sur le principe du donativo : chacun donne ce qu'il veut. Armelle et Jean-Luc, les deux hospitaliers bénévoles présents toute la semaine, accueillent les pèlerins « exténués mais heureux » avec un verre d'eau, un sirop ou un café. Ils assurent également la gestion du linge, le ménage dans les parties communes et le petit-déjeuner. Pain, beurre, confiture, céréales, yaourt, lait, jus d'orange, thé ou café : tout est à volonté. Pour le repas du soir, la cuisine équipée est en libre accès pour les résidents.
Les tarifs sont imbattables : 13 euros en dortoir, 24 euros en chambre privatisée. Le gîte est ouvert tous les jours du 1er avril au 30 octobre et accueille jusqu'à 5 000 personnes chaque saison. La prochaine étape pour les pèlerins est Saint-Chély-d'Aubrac, à 16 km, soit 3 h 30 de marche supplémentaire, ce qui explique la forte demande.
Un lieu propice aux échanges et aux rencontres
« Les gens qui partent sur le chemin veulent se décharger d'un poids et retrouver quelque chose de l'ordre du spirituel », explique Guy Couderc, l'ancien président de l'association. « Et à Nasbinals, si vous avez Bouygues ou SFR, ça ne passe pas, donc après une journée de marche en solitaire, les voyageurs ont souvent envie d'échanger avec les autres », complète Stéphanie Ballester, la nouvelle présidente de Nada.
Cette ambiance favorise les liens. « Je me souviens de ces messieurs, qui étaient arrivés dans l'après-midi et avaient récupéré des flûtes à champagne et dressé la table pour des femmes qu'ils venaient de rencontrer sur le chemin », raconte Stéphanie Ballester. Des amitiés et même des couples se sont formés ici. « On n'a encore jamais célébré de mariage, mais ce serait formidable », sourit-elle, dans le parc aménagé situé à l'arrière du bâtiment.
Une fréquentation en hausse depuis l'après-Covid
« L'esprit du chemin c'était de marcher et de s'arrêter sans réserver, mais aujourd'hui à cause de la fréquentation ce n'est plus possible », constate Guy Couderc. « La fréquentation est en hausse depuis l'après Covid », observe Stéphanie Ballester. Le roman à succès de Maud Ankaoua, Plus jamais sans moi, qui raconte le périple d'une avocate envoyée sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, ou dernièrement le film Compostelle avec Alexandra Lamy, ont inspiré des milliers de personnes à traverser la Lozère à pied.
« Le gîte accueille plus de femmes aujourd'hui et aussi beaucoup de jeunes et de touristes étrangers », constate Béatrice Couderc, directrice de l'école privée Saint-Joseph accolée au bâtiment, qui accueillera 28 élèves dans deux classes multiniveaux à la rentrée. Depuis la cour de récréation, les enfants entendent parler toutes les langues. Des Américains, Japonais, Coréens, Australiens ou Polonais ont fait étape dans le village de 571 habitants.
Dans la salle commune, Béatrice, une pèlerine, profite d'un temps de repos sur le chemin. Si elle a décidé de poser son sac ici pour la nuit et de dormir dans un lit en fer un peu « vintage » mais confortable, c'est à cause du « rapport qualité prix exceptionnel ». Et aussi le fait que le gîte accepte sa chienne, Perle, équipée d'un sac à dos contenant ses croquettes pour la semaine.
Des anecdotes par milliers et des liens qui se tissent
Du nourrisson à la mamie de 92 ans, les membres de l'association ont des dizaines d'anecdotes à raconter. Par exemple ce Russe qui faisait le chemin depuis Moscou jusqu'à Saint-Jacques-de-Compostelle, en traversant la région. Une « aventure extraordinaire » qu'on raconte encore sur « le plateau perdu » de l'Aubrac.
En provenance d'Aumont-Aubrac, Blandine, 39 ans, apprécie également la « dimension associative » du gîte. Cette professeure des écoles dans le Pays aixois a trouvé l'adresse dans le guide des pèlerins Miam Miam Dodo. Prochaine étape : Estaing, village médiéval de l'Aveyron au bord du Lot et reconnu par l'association Les plus beaux villages de France. C'est la deuxième fois qu'elle part sur le chemin. Et comme l'an dernier, la « magie » opère. Au-delà des paysages grandioses du nord Lozère, ce sont les rencontres qui façonnent l'esprit du chemin. La trentenaire raconte : « Le 24 août 2025 j'ai rencontré une fille sur le chemin. Et à la même date cette année, elle m'a envoyé un message pour me dire qu'elle était repartie et qu'elle pensait à moi. Sans savoir que moi aussi, un an plus tard, j'étais revenue en Lozère. Et on s'est retrouvées sur le chemin. »



