Lunettes reconditionnées : 60% moins chères et en plein essor
Lunettes reconditionnées : 60% moins chères et en plein essor

Le marché des lunettes reconditionnées connaît une croissance rapide en France. Alors que les montures de seconde main étaient initialement vendues par des indépendants en boutique ou en ligne, elles sont désormais disponibles dans les grandes chaînes d'opticiens comme Atol et Optic 2000. Ce phénomène s'inscrit dans une tendance plus large du reconditionné qui gagne du terrain dans l'Hexagone.

Des montures reconditionnées, pas les verres

Il est important de préciser que le reconditionnement concerne uniquement les montures, et non les verres. « Chacun a une correction très différente, parfois même d’un œil à l’autre, donc ce serait très difficile de réutiliser cet élément », explique Chloé Gallego, responsable de la communication chez Lunettes de Zac, entreprise spécialisée dans les lunettes reconditionnées depuis 2020. Si les verres sont souvent rayés après quelques années, les montures, en revanche, sont « souvent en très bon état et peuvent vivre encore plusieurs années après un reconditionnement ».

Un processus de reconditionnement rapide et économique

Le reconditionnement consiste à nettoyer puis réparer les lunettes déjà portées, en remplaçant toutes les pièces nécessaires jusqu'à ce que la paire n'ait aucun défaut visible. L'objectif est que « le consommateur ne voie pas la différence entre du neuf ou du reconditionné ». Chez Zac, qui collecte les lunettes partout en France et les revend dans son magasin lillois, ce processus ne prend que vingt minutes par paire et est assuré par des personnes en réinsertion professionnelle.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Les montures reconditionnées coûtent 60 % moins cher que les neuves. Elles sont remboursées par la Sécurité sociale et les mutuelles exactement comme les paires classiques, avec la même garantie de deux ans après l'achat. Un concept qui séduit les consommateurs, « pas du tout réticents quand on leur explique que les montures ont été contrôlées et qu’on lève leurs craintes », se réjouit Chloé Gallego.

Les grandes enseignes adoptent le reconditionné

Le concept des lunettes de seconde main prend de l'ampleur, notamment à travers les grandes enseignes. Atol travaille depuis peu avec Zac pour « démultiplier l'impact ». Depuis septembre 2025, 90 magasins de la chaîne testent la vente de montures déjà portées, un chiffre qui devrait atteindre 600 boutiques d'ici à la fin de l'année. Dans les points de vente concernés, ces paires sont exposées au milieu des neuves, avec pour seul point de distinction l'absence de « faux verres ». Selon le PDG d'Atol Eric Plat, ces montures représentent « quelques milliers de lunettes par rapport à des millions vendues » et séduisent « 10 à 15 % des clients ». Ceux-ci économisent ainsi 40 à 60 % du prix de la monture selon les modèles, un écart non négligeable alors qu'une paire de lunettes peut coûter plusieurs centaines d'euros après remboursement.

Objectif 10 % du marché en 2030

Zac assure être en discussion avec d'autres grandes enseignes. Leur objectif est que le reconditionné atteigne 10 % du marché français de l'optique d'ici à 2030. D'autres acteurs sont déjà présents sur ce créneau, comme Optic 2000, qui propose des lunettes de soleil sans correction reconditionnées depuis 2023. Collectées en boutique, les montures sont « remises en bon état d’usage », « soit par l’opticien du magasin, soit au sein de notre atelier situé à Clamart (Hauts-de-Seine) », indique la marque. Ces lunettes, exposées dans une partie dédiée du magasin « pour être facilement identifiées », sont proposées avec une décote de 30 à 50 %, voire davantage. Elles peuvent atteindre 10 % des ventes solaires sans correction dans certains magasins.

Des marges identiques pour les opticiens

« Ça commence à vraiment bouger dans les grands groupes et les lunettes conditionnées sont en train de prendre un tournant », se réjouit Chloé Gallego. Vendre des collections de modèles déjà utilisés ne change rien pour les opticiens : chez Atol, Eric Plat constate « la même rotation qu’une collection neuve ». Le modèle économique étant le même que celui des lunettes neuves – Atol achète les montures à l'usine de Zac comme il achète une paire classique –, les marges dégagées sont les mêmes.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

L'argument économique prime sur l'écologique

Si l'argument écologique séduit, c'est surtout l'aspect économique qui fait pencher les clients pour des montures reconditionnées. Le « zéro déchet » est un plus plutôt qu'un vrai choix de conviction : « Si un client a, dans sa phase finale de choix, un produit reconditionné qui l’intéresse, il va le choisir, mais l’élément décisif est d’abord et avant tout la forme et la couleur et le fait que la monture lui aille bien », nuance Eric Plat.

Des pistes pour dynamiser le marché

Face au développement des lunettes reconditionnées et à la volonté d'aller plus loin, différents acteurs politiques et du secteur se sont réunis fin mai pour baliser le chemin. Des pistes de développement ont été évoquées : TVA verte à 5,5 %, paniers spéciaux chez les mutuelles pour mieux mettre en avant ces produits, intégration des montures reconditionnées au mécanisme d'abondement du 100 % Santé.