Le Var doit tout au Front populaire. Sans la généralisation des congés payés, instaurée il y a 90 ans par la coalition de gauche, le département ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui : le premier de France, derrière Paris, en nombre de nuitées touristiques. Avec 5 milliards d'euros de retombées, 11 millions de visiteurs et 30 000 emplois, le tourisme est devenu la première économie du Var.
Avant 1936 : une villégiature aristocratique
« Avant le tourisme institutionnalisé, le Var est un territoire pauvre, qui ne compte pas d'industrie d'importance », explique Caroline Rocca, historienne de l'art et enseignante à l'université de Toulon. Au XIXe siècle, seule une villégiature hivernale existe, réservée aux aristocrates et grands bourgeois. Hyères en est la principale tenante, à l'instar de Cannes, Nice ou Menton. Autour de 1820, une communauté importante d'hivernants étrangers vient passer les mois les plus froids à Hyères, donnant naissance au quartier Godillot.
La révolution de 1936
Le 20 juin 1936, un mois après l'arrivée au pouvoir du Front populaire, le gouvernement de Léon Blum promulgue la généralisation des congés payés. « On passe d'un tourisme élitiste aux vacances pour tous », résume Caroline Rocca. Mais les Français ne savent alors que faire de ce temps libre. L'ajout des billets de train « Lagrange » à tarif réduit et le discours hygiéniste vantant les bains de mer gratuits incitent les classes populaires à découvrir le littoral. Les vélos chargés de tentes et le bivouac sur les plages du Lavandou ou de Ramatuelle deviennent courants.
L'après-guerre et la démocratisation
La Seconde Guerre mondiale interrompt le développement touristique, et en août 1944, le littoral varois est dévasté par les bombardements du débarquement de Provence. C'est dans l'après-guerre que l'accès aux vacances se démocratise vraiment. En 1948, la Déclaration des droits de l'homme introduit le « droit au repos », puis la troisième semaine de congés payés est instaurée en 1956, en même temps que l'automobile pour tous révolutionne les vacances. Les Trente Glorieuses voient la massification du tourisme avec la création du Club Med et des Villages vacances. « L'État, conscient de la manne économique que représente la filière, va s'en mêler avec de grands plans d'aménagement », précise Caroline Rocca. Le Var voit apparaître des meublés de tourisme, des ports de plaisance et des centres de vacances de comités d'entreprise. En août 1965, le fameux bouchon de Tourves voit 28 000 véhicules coincés dans six kilomètres d'embouteillages pour rallier le littoral.
L'âge d'or du camping
Le camping organisé connaît son âge d'or. Aux Jardins de la Pascalinette, à La Londe, l'activité commence en 1964. « Au début des années 1960, notre métayer était régulièrement sollicité par des touristes demandant à planter leur tente. Il a alors dit à Hubert, mon père : "Et si on faisait du camping ?" », raconte Jacques Guillaume, désormais gérant avec son épouse Florence. Un bâtiment agricole est transformé en bloc sanitaire, des ruines aménagées pour vendre du pain et des glaces. « "Bonjour, bienvenue, installez-vous dans la pinède, payez quand vous partez." Voilà ce qu'on disait aux gens à l'époque ! », se souvient l'ancien officier de marine. La quatrième semaine de congés payés est votée en 1969, et le camping évolue : au milieu des années 1970, deux autres blocs sanitaires apparaissent, puis une épicerie, un restaurant, un terrain de pétanque. Hubert Guillaume achète les premières caravanes au début des années 1980, préfigurant la transformation de l'hôtellerie de plein air, alors qu'en 1982, la cinquième semaine de congés payés est instaurée.
Enjeux contemporains : surtourisme et environnement
Aujourd'hui, le tourisme varois est une industrie ultra-performante. Aux Jardins de la Pascalinette, désormais quatre étoiles, on accueille les vacanciers dans 162 mobil-homes et modules fixes, avec parc aquatique, club enfant et boutique de souvenirs. « C'est primordial », assure Florence Guillaume, qui fait des hauts arbres du domaine l'étendard des vertus que le tourisme doit maintenant afficher. Les enjeux ne sont plus seulement économiques : protection de sites surfréquentés comme Porquerolles, le golfe de Saint-Tropez ou les gorges du Verdon, et adaptation au changement climatique. Le modèle varois mise sur une meilleure répartition géographique et saisonnière des flux. « Bien sûr, on parle de tourisme durable, reprend Caroline Rocca. Mais il faut penser aux personnes qui ne peuvent pas partir, qui sont empêchées. C'est aussi ça le tourisme du futur ! »



