Comme il n'y a pas de mal à aider son prochain, parfois son voisin, Cyril et David, deux policiers de l'Hérault, ont créé, dans leur vie privée, Lamp. Il s'agit d'une application grâce à laquelle n'importe quel citoyen peut aider à retrouver un véhicule volé, et même gagner une petite somme d'argent, voire davantage certaines fois.
Une idée née d'un témoignage poignant
Cela fait cinq ans que les deux policiers préparaient leur coup, après avoir été touchés par un témoignage, via un article publié dans la presse locale. Celui d'une « mère de famille qui racontait s'être fait voler son Kangoo, un véhicule spécialement équipé pour sa fille lourdement handicapée, raconte Cyril. Elle était depuis totalement désemparée et avait lancé un appel à témoins pour retrouver son véhicule alors que nous, policiers, on n'était même pas au courant de ce vol qui s'était pourtant produit près de chez nous. Il fallait trouver une solution pour remédier à ce trou dans la raquette. » L'idée de Lamp était lancée.
Une prime de 100 euros par véhicule retrouvé
Réellement fonctionnelle depuis un an, cette application gratuite compte déjà 17 000 utilisateurs, cinquante véhicules retrouvés, 700 restants à découvrir. « Notre objectif est de donner l'information, à chaque fois qu'il y a un vol à des milliers de personnes. Ça augmente les chances de découverte. On croise souvent dans la rue un véhicule qui a été volé sans le savoir. »
Le principe ? Donner l'envie au plus grand nombre de participer aux recherches, en particulier grâce à une rétribution financière. Les « veilleurs » reçoivent ainsi une prime de 100 euros minimum pour tout véhicule volé découvert. La somme est abondée par les propriétaires victimes des vols, lesquels s'engagent à verser 300 euros à l'appli lorsque leur véhicule aura réellement été retrouvé. Ils peuvent également faire monter la prime s'ils le souhaitent, pour motiver plus encore les recherches. Le restant de leur versement de 300 euros servira à financer la gestion du site.
Comment fonctionne Lamp ?
Concrètement, pour participer, il suffit de scanner sur son téléphone la plaque d'immatriculation d'un véhicule que vous trouvez suspect, qui « semble abandonné, stationné au coin de votre rue depuis un certain temps et qui n'a rien à faire là », détaille Cyril. « Avec l'application, vous recevez des alertes à chaque fois qu'un véhicule volé est inscrit sur l'appli, parfois bien avant que la plainte ne soit déposée, et en quelques secondes, vous pouvez scanner des plaques d'immatriculation, ou le numéro VIN, le gravage de vitre, même ceux des vélos, les scooters, les motos… En fait tout ce qui roule et qui est immatriculé ou gravé », précise Cyril. Les utilisateurs inscrits, en échange d'une pièce d'identité, trouvent sur l'appli un descriptif détaillé du véhicule volé, et même sa plaque d'immatriculation, excepté les deux dernières lettres, pour plus de sécurité.
« L'information ne remonte pas forcément »
Le fonctionnement a trouvé ses adeptes, assure Cyril. « C'est accessible à tout le monde, à partir de 17 ans. Il y a beaucoup de personnes qu'une récompense intéresse, d'autres c'est le côté gaming, il y a des points (des lampions) à gagner, pour d'autres c'est vraiment pour aider. »
Lamp séduit aussi « beaucoup » de policiers et de gendarmes. « Les gens pensent qu'ils ont accès facilement aux fichiers des véhicules volés, mais en fait, quand une plainte est déposée, même les policiers de terrain qui prennent leur service au petit matin ne sont pas forcément au courant de ce qu'il y a à chercher dans leur secteur. Cette information ne remonte pas forcément, sauf si c'est un vol avec violence, un carjacking, un réseau à démanteler… Mais pour un vol simple, et il y en a des milliers par an, l'info n'est pas directement accessible. » Si un gendarme ou un policier venait à utiliser l'appli pour élucider une affaire, la prime promise par Lamp serait reversée à une association.
L'idée, c'est surtout d'aider
L'idée ultime « n'est pas de gagner de l'argent, mais bien d'aider ceux qui bien souvent, se retrouvent après le vol de leur véhicule, isolés dans leur quotidien et parfois aussi dans des galères financières », souligne Cyril. « Souvent les gens ne le savent pas, ils sont mal assurés pour le vol, surtout quand il n'y a pas d'effraction. Il y a aussi ceux dont le montant qui sera reversé par l'assurance est bien en deçà de ce qu'ils espéraient car leur véhicule était encore en très bon état, ceux qui tenaient à leur vieille voiture aussi pour aller au travail… »
Après avoir déposé un brevet pour l'application en France et aux États-Unis, Cyril et David entendent désormais développer de nouvelles fonctionnalités, comme celui d'un « jumelage avec les caméras embarquées que les automobilistes placent dans leur véhicule ». Déjà, « des services de police municipaux sont très intéressés », mais aussi « les loueurs de voitures, mal remboursés en cas d'escroquerie, de vols, de véhicules détournés », ou bien encore les transports routiers, les associations, ceux qui ont des flottes de véhicules.
Le marché semble énorme, à la hauteur du nombre des vols, un fléau qui place la France en tête des pays européens les plus touchés avec près de 125 000 vols de véhicules par an.



