Joy et les jumeaux maudits : une mode solidaire de Montpellier
Joy et les jumeaux maudits : une mode solidaire

À Montpellier, deux jeunes femmes de Celleneuve, Pascaline et Camille, transforment une tragédie personnelle en une aventure solidaire. Leur marque de vêtements, Joy, porte un message fort : "Fille à papa". Mais derrière ce slogan se cache une histoire poignante, celle des jumeaux maudits de Madagascar.

Une croyance ancestrale toujours vivace

Dans le sud-est de Madagascar, près de Mananjary, une croyance ancestrale persiste : les jumeaux sont considérés comme maudits. De peur qu'une malédiction ne s'abatte sur le village, les femmes sont contraintes d'abandonner leurs nourrissons, souvent voués à la mort. Camille, architecte de 28 ans, graphiste et blogueuse, raconte cette tradition qu'elle a découverte grâce à sa voisine et amie Pascaline, elle-même victime de cette pratique.

Il y a vingt-cinq ans, la mère de Pascaline a accouché de jumeaux en secret, hors du village de Mahela, aidée par deux amis. Elle a gardé le garçon, qui est décédé six mois plus tard. Pascaline, elle, a été emmenée au Catja (Centre d'accueil et de transit de jumeaux abandonnés) après un voyage de trois jours en pirogue, nourrie seulement d'eau sucrée.

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Le Catja, un orphelinat créé en 1987

Le Catja est l'un des deux orphelinats de la région, fondé en 1987 par Auguste Simintramana, aujourd'hui décédé. Sa femme poursuit son œuvre. Depuis sa création, 300 enfants y ont été accueillis. Pascaline, adoptée à neuf mois par une famille française, est retournée à Madagascar à l'âge de 5 ans. Elle y a rencontré sa nourrice et l'homme qui l'avait déposée, apprenant l'existence de son frère jumeau et d'autres frères et sœurs.

"J'ai trouvé hallucinant qu'une loi de village impose la mort ou la séparation de frères et sœurs", confie Camille. Pour aller plus loin qu'un simple don, les deux amies ont créé Joy, une marque de vêtements éthique.

Joy : une mode engagée

Leur première collection, avec le message "Fille à papa", symbolise la lutte contre l'abandon. La marque reverse 50 % des bénéfices à une prochaine collection, créant un cercle vertueux. Une campagne de financement participatif sur KissKissBankBank, jusqu'au 29 mai, vise à récolter 5 000 €. Après deux semaines, 41 % de l'objectif était atteint.

Un contexte difficile

Le cyclone Enawo a frappé Madagascar début 2017, provoquant sécheresse et inondations, perturbant la récolte de riz, base de l'alimentation. Certains parents, incapables de nourrir leurs enfants, les confient à l'orphelinat. L'association Les Amis du Catja, gérée par la famille de Pascaline, organise un week-end festif à Sens du 24 au 28 mai pour maintenir le lien entre adoptés et familles.

Pascaline, qui n'avait jamais caché ses origines, espère que cette initiative sensibilisera le public à une cause encore méconnue.

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