Littératures de l'imaginaire : une évasion qui séduit en 2025
Imaginaire : une évasion qui séduit en 2025

En 2025, la littérature de l'imaginaire s'impose comme un refuge face aux canicules et à un été record de chaleur. Selon l'observatoire de l'imaginaire, qui regroupe des professionnels du secteur, 4,5 millions d'exemplaires liés à l'imaginaire ont été vendus en France sur un total de 365 millions de livres. La science-fiction connaît une hausse spectaculaire de 40 % des ventes, suivie de la fantasy avec +7 %, tandis que le fantastique décline de 27 %. Dans un secteur du livre en crise, cette relative bonne santé s'explique par l'évasion promise par ces genres.

La carte, premier outil d'évasion

Le voyage commence souvent par la carte, qui permet de découvrir un nouvel univers et de s'y repérer. Aliénor Vauthey, docteure en littérature française moderne de l'Université de Lausanne et spécialiste du « worldbuilding », souligne : « La dimension spatiale est très importante dans la création d'un univers. La plupart des auteurices ont une carte pour eux, sur laquelle ils travaillent, et qui les aide à spatialiser leur univers et leur histoire. »

L'évasion se construit aussi à travers des langues, des peuples, des généalogies ou des légendes propres à chaque monde. Pour certains auteurs, l'inspiration naît des jeux de rôles. Catherine Dufour, autrice de fantasy et de science-fiction, confie : « Mes premiers textes de fantasy, qui ne sont jamais parus, étaient des scénarios de jeux de rôle, de Donjons et Dragons plus précisément. Le jeu de rôle, c'est un bac à sable dans lequel on fait ses premières armes. »

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Des paysages réels transfigurés

Les lieux du réel se transforment sous la plume des écrivains. Catherine Dufour explique : « Pour écrire de la fantasy, je fais appel aux paysages beaux ou grandioses que j'ai vus. » Elle évoque la forêt calédonienne en Écosse, « magnifique et terrifiante », où l'on risque de se perdre à chaque pas. « C'est une immense cathédrale d'arbres toute couverte de mousse verte », décrit-elle, une image qui lui rappelle la mystérieuse Vieille Forêt de la Comté dans Le Seigneur des anneaux.

Mais la fantasy ne se limite pas à l'évasion. Aliénor Vauthey précise : « Il y a une volonté de faire s'évader. La fantasy reste une littérature merveilleuse. Mais comme toute fiction, c'est une manière de commenter le réel. » L'exemple le plus frappant reste Le Seigneur des anneaux de J. R. R. Tolkien.

L'invention contre les horreurs de la guerre

Tolkien, traumatisé par la Première Guerre mondiale où il a perdu des amis, a inventé des langues comme l'elfique, le sindarin ou le quenya pour échapper aux tranchées. La Terre du milieu a été créée pour mettre en scène ces langues. Catherine Dufour raconte : « Cela a été sa béquille psychique pour survivre à 14-18. On sent bien dans ses romans cette angoisse eschatologique de la disparition d'une civilisation. Tolkien l'a résolue avec une œuvre magnifique. »

Les soldats vivaient dans la peur de l'anéantissement, avec l'apparition de chars d'assaut, de gaz toxiques et de bombardiers. Dans la quête pour détruire l'anneau unique, on retrouve cette « menace de la destruction permanente », analyse Catherine Dufour, alors que les elfes se retirent. « Le monde des hommes est menacé par les orques, des créatures qui ne suscitent pas de pitié. Il n'y a pas de bébé orque, ni de femme orque, ni de culture orque. Ce sont des agents de destruction totale. »

Publiés en 1954 et 1955, les trois volumes ont été redécouverts dans les années 1960 aux États-Unis. Ils sont devenus un modèle pour de nombreux auteurs. « Tolkien a redonné de la force à une forme d'imaginaire très ancien, en dépoussiérant des mythes, des contes ou des légendes », admire Catherine Dufour. L'éditeur Lin Carter a lancé une collection Fantasy chez Ballantine Books en 1969. « Il s'est rendu compte que Tolkien avait rencontré un grand écho », poursuit Aliénor Vauthey. « Il a volontairement cherché des auteurices qui écrivaient des fictions y ressemblant. »

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Une fantasy politique et féministe

Le modèle a essaimé, avec des réinventions comme Les Annales du Disque-Monde de Terry Pratchett. Catherine Dufour refuse la carte qui interrompt la lecture et la « pure évasion ». « Je n'écris que sur les choses qui m'agacent, et donc, c'est forcément politique », dit-elle. Dans Quand les dieux buvaient, elle revisite les contes de fées avec une approche féministe vengeresse. Danse avec les lutins est une allégorie des attentats du Bataclan, une « catharsis » pour celle qui était dans un bar à l'arrière de la salle de concert.

Samantha Shannon, autrice britannique du Prieuré de l'Orangé, a expliqué dans une interview au site La garde de la nuit en 2022 qu'elle élimine « la misogynie ou le sexisme » de ses histoires. « Si je parle d'un dragon, je peux certainement me débarrasser du sexisme, estime-t-elle. Ça peut devenir un peu fatigant de lire la même chose avec des mondes où les femmes sont opprimées. » Elle crée des univers où les femmes sont héroïnes, libres, et chevauchent dragons ou ichneumons.