Handicap et culture : l'art comme vecteur d'inclusion dans le Var
Handicap et culture : l'art inclusif dans le Var

L'inclusion, c'est avoir les mêmes droits, qu'on soit handicapé ou pas. Et ça passe aussi par l'accès à la culture. Dans le Var, c'est ce que veut démontrer l'Institut des arts inclusifs. Reportage à l'occasion d'une répétition de danse pour un spectacle de partage.

Des danseurs pas comme les autres

Dans la salle Jean-Natte, à La Crau, les visages de Vincent, Stéphanie, Louna, Anthony, Cédric et Laurent témoignent de leur concentration. Eldora Hippolyte, éducatrice du foyer Ensoleillado d'Hyères, lance la bande-son. « C'est parti ! », s'exclame son collègue Éric Paulé. Tous porteurs de handicap mental, les danseurs déroulent la chorégraphie qu'ils peaufinent depuis plusieurs mois. Dans quelques jours – mardi 28 avril –, ils la présenteront au Palais Neptune de Toulon, dans le cadre du projet « Danse à l'opéra », mené par le lycée Dumont-d'Urville avec l'Opéra de Toulon. Stéphanie, Cédric et toute la troupe y ont été associés via l'Institut des arts inclusifs.

L'Institut des arts inclusifs : un pont vers la culture

Porté par le groupe Umane (ex-Adapei du Var), association médico-sociale, l'Institut met en place des projets culturels et artistiques au service des personnes accompagnées, qu'elles soient handicapées, âgées ou encore en grande précarité. « Avec le thème de cette année – “Vers un monde plus humain” –, ça nous a paru évident d'intégrer le foyer au projet, assure Virginie Yrle, attachée aux actions pédagogiques et culturelles de l'Opéra de Toulon et elle-même danseuse : l'art inclusif, on est pile dedans ! »

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« L'Institut, rembobine Aline Rol, sa directrice, est né en 2021 de l'absorption de la compagnie de danse Sixième Sens de Cécile Martinez. Notre rôle est de stimuler et de professionnaliser les équipes afin qu'elles engagent des projets qui défendent le vivre-ensemble au travers de l'art, de la culture et aussi du sport. » Parce que, souligne la responsable, « nous considérons la culture comme une prescription ». Autrement dit, elle fait partie intégrante d'une prise en charge des publics fragiles.

« Ils sont des citoyens comme les autres. Avoir accès à la culture, c'est exercer cette citoyenneté, c'est être reconnu : là, ils sont sur scène comme des artistes, pas comme des personnes handicapées. »

Partenariats et résidences d'artistes

La conviction des bénéfices est telle que l'Institut des arts inclusifs peut compter sur un financement de la Direction régionale des affaires culturelles, ainsi que sur de nombreux partenariats. En tête, la scène nationale Châteauvallon, Tandem, scène de musiques actuelles, la Villa Noailles ou encore la Fondation Carmignac, mais aussi des clubs sportifs phares : le RCT ou le TMV Handball. C'est ainsi qu'au moment où les résidents du foyer Ensoleillado répètent leur chorégraphie à La Crau, dix jeunes confiés à l'Aide sociale à l'enfance et accompagnés en maisons d'enfants à caractère social (Mecs) sont immergés en résidence d'artiste à La Garde.

Spectacles musicaux dans des Ehpad, fresques avec des adultes autistes, photo pour des enfants d'instituts médico-éducatifs ou encore aquarelle pour des jeunes placés, « les artistes sont eux-mêmes de plus en plus demandeurs de ce genre d'échanges, souvent sous forme de résidence dans tous nos établissements », souligne Aline Rol. Le film d'Artus, Un P'tit Truc en plus, ajoute-t-elle, a vraiment « débloqué un maillon ». « Bien sûr, il faut parfois un petit peu d'adaptation, parfois pas. »

La recherche pour mesurer l'impact

Alors pour « débloquer » davantage les esprits et favoriser la reconnaissance des effets de l'art sur l'inclusion, l'Institut souhaite les mesurer et se lancer dans la recherche afin de « montrer aux pouvoirs publics que ça marche ! ». Ne manque qu'un scientifique intéressé par le sujet.

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Témoignages des participants

Du côté des intéressés, cependant, on n'a pas attendu que de grandes études soient envisagées pour être convaincu des bienfaits de l'art et de la culture dans l'inclusion. « C'est génial, s'écrie Cédric, l'un des danseurs. Je connaissais le théâtre, mais ça me fait du bien de découvrir l'opéra. » « Je me sens bien, renchérit Stéphanie, qui elle, pratiquait déjà la danse. Ça m'apprend plein de choses et c'est bon pour ma mémoire. » Pour la concentration aussi, souligne Anthony. « Je fais de la danse depuis des années et c'est vrai qu'au début j'avais peur de ne pas y arriver. Maintenant, je me sens prêt. »

Louna reconnaît que retenir la chorégraphie, la mettre en pratique n'est pas forcément facile. « Mais ça me motive ! », lance la jeune femme. Surtout, explique-t-elle, « c'est un moment pour moi, loin de mes problèmes : quand je danse, je les oublie ». Et puis, c'est l'occasion de « montrer que nous aussi on peut faire, malgré le handicap, et partager ». Après tout, lâche-t-elle, « on vit tous dans le même monde ! ».

La naissance d'une collaboration

Le tableau que préparent Vincent, Louna et les autres danseurs du foyer Ensoleillado, c'est une histoire de rencontre, une histoire d'humains. D'un côté, ceux qui lient le lycée Dumont-d'Urville à l'Opéra de Toulon, réunis sur scène chaque année depuis plus de quinze ans. De l'autre, l'association, depuis une dizaine d'années de l'Opéra, avec le foyer Ensoleillado qui, jusqu'ici, consistait principalement à assister à des représentations. Cette année donc les résidents passent du statut d'observateur à celui d'acteur. Ou plutôt de danseurs. Et ils le font avec l'art et la manière, puisque les pas de leur spectacle ont été imaginés par Erick Margouet, chorégraphe de l'Opéra de Toulon pendant 25 ans et désormais retraité.

C'est d'ailleurs, pour lui aussi, d'une rencontre qu'est née l'envie de travailler avec ce public au « p'tit truc en plus ». Rencontre d'un héros : « J'avais à peine dix ans, raconte-t-il, lorsqu'une journée a été organisée dans ma pension : nous devions faire venir une personne qui nous était chère pour la faire connaître à nos camarades. Christian, mon meilleur ami, a choisi son grand frère qui était handicapé. Ce jeune homme est devenu un héros pour moi et c'est cette rencontre qui m'a donné envie de participer à ce type de projet. »

Grâce à ce partenariat, c'est encore une autre rencontre qui se prépare : entre les résidents d'Ensoleillado et quelque deux cents jeunes Varois, lycéens, mais aussi collégiens, qui partageront la scène du Palais Neptune ce mardi 28 avril.