Lætitia Colombani explore une grève mondiale féminine dans « Un jour sans femme »
Grève mondiale féminine : le nouveau roman de Lætitia Colombani

Que se passerait-il si les femmes arrêtaient tout, partout dans le monde ? Dans « Un jour sans femme », Lætitia Colombani imagine une grève mondiale féminine, inspirée d'un fait réel survenu en Islande. Quatre destins, ceux d'Ana María (Salvador), Hawa (Sénégal/France), Michiko (Japon) et Katla (Islande), confrontés à des formes de violence ou d'oppression patriarcale, convergent vers un événement historique mondial : une grève internationale des femmes.

Une inspiration islandaise méconnue

Pour établir le récit, l'auteure s'est basée sur une grève des femmes qui a eu lieu en Islande en 1975, relatée dans tous les manuels scolaires du pays mais méconnue en France. Le 24 octobre 1975, les Islandaises ont cessé toute activité pour protester contre les inégalités et les violences. Cette grève a été tellement suivie qu'elle a paralysé la totalité du pays. Les femmes ont réussi à changer la société et les lois de leur pays. Aujourd'hui, si les femmes du monde entier faisaient grève, soit la moitié de l'humanité, c'est le monde entier qui s'arrêterait.

Quatre destins, quatre continents

L'écriture est à la fois rythmée et documentée, empruntant aux dialectes locaux pour immerger le lectorat et relier les femmes par un fil symbolique. Entre réalisme social et souffle poétique, Lætitia Colombani tisse une fable universelle. Les violences sont très différentes selon les lieux : au Salvador, des femmes peuvent être condamnées à cinquante ans de prison pour un avortement ou une fausse couche. Au Sénégal, la question de l'excision est évoquée. Au Japon, le « harcèlement de maternité » pousse sept Japonaises sur dix à démissionner lors de leur première grossesse, car la société considère qu'on ne peut pas concilier famille et carrière.

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Des héroïnes éloignées mais unies

Les personnages sont extrêmement éloignés les uns des autres : une étudiante en sociologie en Islande, une médecin urgentiste qui retourne au Sénégal pour se ressourcer, une jeune salariée d'une multinationale du jouet au Japon, et une ouvrière dans une usine de confection au Salvador qui travaille pour 300 dollars par mois. Elles ont un quotidien différent, mais elles sont toutes confrontées à une violence qui les dépasse et qui va les pousser à réagir.

Le combat des femmes, l'affaire de tous

Lætitia Colombani souligne que la lutte pour l'égalité concerne tout le monde. Elle cite Denis Mukwege, médecin congolais et prix Nobel de la paix, qui répare les femmes violées et mutilées au Congo. Elle a rencontré des hommes qui se battent aux côtés des femmes. « Il est grand temps que les femmes puissent dire, révéler, dans le but de faire évoluer les différentes sociétés. Les femmes ne demandent pas à prendre le pouvoir sur les hommes, mais qu'il soit partagé. »

Alterner les temps de création

L'auteure apprécie de passer du collectif à la solitude. Après deux ans à réaliser le film « La Tresse » avec des centaines de personnes, elle avait besoin d'être seule pour écrire « Un jour sans femme ». Elle s'apprête à repartir sur un projet de troupe : elle sera sur scène fin mai à Paris avec quatre autres comédiennes pour l'adaptation théâtrale de « La Tresse ».

« Un jour sans femme » est publié aux éditions de l'Iconoclaste, au prix de 20,90 €. L'auteure a suivi son éditrice Juliette Joste, qui a rejoint cette maison après avoir découvert « La Tresse ». Elle reste solidaire des équipes de Grasset. Par ailleurs, son texte « Le Jour du kiwi » est adapté au théâtre des Salinières à Bordeaux jusqu'au 31 mai.

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