Ce 6 juillet, la Fondation de France a délocalisé son comité stratégique à Celles, un village de l'Hérault. L'occasion pour les responsables de l'organisme de prendre le pouls d'une commune qu'ils accompagnent depuis plusieurs années. Réhabilitation du bâti, lutte contre la spéculation, gouvernance partagée : pour Laetitia Bertholet, responsable « Grande cause biodiversité climat » à la Fondation de France, le projet de Celles dépasse largement celui d'une simple reconstruction de village.
Un projet systémique pour une transition juste
Laetitia Bertholet explique le rôle de la Fondation de France : « Je m'occupe de l'action de la Fondation sur les enjeux de transition écologique. Nous avons également un programme, Collectif d'actions, qui met en jeu plusieurs fondations qui acceptent de coopérer sur des questions de transition écologique juste : comment faire une transition qui soit à la fois écologique mais aussi une transition économique, sociale, démocratique… de manière que tout le monde puisse en bénéficier. »
Selon elle, pour résoudre les problèmes environnementaux, il faut repenser l'ensemble de nos modes de vie : « Si on veut résoudre les problèmes liés à l'environnement, il ne faut pas seulement agir sur l'environnement. Ce sont tous nos fonctionnements, nos modes de vie, de consommation… qu'il faut repenser. C'est justement l'idée de cette transition juste : regarder tous les sujets de manière interconnectée. »
Celles, un concentré d'innovations
Le projet de Celles est emblématique de cette approche globale. « Il ne s'agit pas seulement de rénover un village. On prend en compte l'endroit où il est situé, la manière dont on préserve les lieux, la façon dont on crée de l'emploi local, comment on gère les problématiques de surtourisme, de surconsommation », détaille Laetitia Bertholet. Le village expérimente des concepts fondamentaux comme le droit de propriété, ce qui est « très transformatif ».
Thierry Laniesse, bénévole représentant la Fondation de France dans le Languedoc-Roussillon, précise l'accompagnement : « Notamment au travers d'un accompagnement sur 3 ans, d'un montant de 140 000 €, qui permet de financer une ingénierie qu'il est souvent difficile de financer. C'est un travail assez invisible mais essentiel. »
Réhabilitation et gouvernance participative
La dimension de réhabilitation est essentielle : « Il s'agit de reconstruire des ruines, il y a cette idée de rebâtir. On n'artificialise pas, le bilan carbone est bien meilleur. On réhabilite avec des techniques traditionnelles qui respectent l'environnement », souligne Laetitia Bertholet. Mais l'aspect démocratique et participatif est tout aussi important : « L'initiative est aussi très collective, et c'est une collectivité qui accepte de déléguer une part de ses compétences aux habitants. »
Le village a également mis en place une « troisième voie de l'habitat » grâce au prêt à usage, via le fonds de dotation Cambas Rojas, qui permet de racheter le foncier du village à la commune pour le protéger de la spéculation.
Un modèle reproductible
Pour la Fondation de France, Celles est un « terrain d'expérimentation très intéressant » qui pourrait essaimer. « Nous partons toujours d'expérimentations locales. Le village de Celles est la preuve que des fonctionnements parfois très différents de ce qui se fait traditionnellement peuvent fonctionner au niveau local et pourraient être transposés ailleurs », conclut Thierry Laniesse.



