Café : bienfaits et risques pour la santé selon le Pr Antoine Flahault
Café : bienfaits et risques pour la santé

Épidémiologiste reconnu pour la pertinence de ses analyses durant la pandémie de Covid, le Pr Antoine Flahault est également médecin de santé publique et passionné par les questions de prévention. Face à l'abondance d'études souvent contradictoires sur de nombreux sujets du quotidien, ce scientifique propose une nouvelle chronique pour L'Express. Son objectif : décortiquer les publications pour aider les lecteurs à comprendre ce qu'il faut vraiment en retenir. Il consacre son premier article à un sujet universel : la consommation de café et ses effets sur la santé.

Le café, boisson mondiale aux multiples facettes

Le café est devenu l'une des boissons les plus populaires au monde : plus de 80 % de la population adulte en consomme quotidiennement. Originaire des montagnes éthiopiennes, il a été introduit en Europe dès le XVIe siècle. Aujourd'hui, le Brésil est le premier producteur mondial, fournissant près d'un tiers du café commercialisé, suivi par le Vietnam, l'Indonésie et la Colombie. Il existe deux variétés principales : l'Arabica, aux qualités gustatives plus fruitées mais plus cher, et le Robusta, plus amer et moins parfumé. Le café se prépare de plusieurs manières, les plus courantes étant le café filtre (eau bouillante sur café moulu) et l'espresso (vapeur sous pression).

Composition chimique complexe

La composition chimique du café est hautement complexe, avec plus de mille composés biologiques actifs, dont la caféine, des phénols, des diterpènes, des fibres solubles et de nombreux métabolites secondaires. Leur concentration dépend des variétés de fèves, des méthodes de torréfaction et de la préparation. Le Robusta est généralement plus riche en caféine. La caféine est le composé le plus étudié, présent aussi dans le thé, d'autres fèves ou fruits à coques, et dans les additifs de boissons énergisantes.

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Effets de la caféine sur l'organisme

La caféine est absorbée par l'intestin environ 45 minutes après consommation. Elle pénètre rapidement dans tous les tissus, y compris le cerveau (substance liposoluble), et passe dans le lait maternel et le placenta. Métabolisée par le foie, elle est éliminée dans les urines en quelques heures, avec de fortes variations individuelles. Ses effets principaux sont stimulants sur le cerveau : amélioration de l'humeur, de l'activité psychomotrice, des performances intellectuelles, de la vigilance, et réduction de la fatigue. Elle favorise aussi la mémoire à long terme. À trop fortes doses, elle augmente l'anxiété, l'insomnie, la nervosité et les maux de tête. S'il y a peu de dépendance physique comparée à la cocaïne ou la nicotine, une tolérance peut s'installer, incitant les consommateurs réguliers à augmenter les doses pour obtenir les mêmes effets psychostimulants (Barrea et al., 2023).

Le café : médicament ou poison ?

Le Pr Flahault refuse de qualifier le café de médicament, car ce statut exige des essais cliniques randomisés comparant le produit à un placebo. Ces essais sont rares pour le café, considéré comme une boisson sociale plutôt qu'un produit de santé. Cependant, de nombreuses études épidémiologiques ont exploré les associations entre consommation de café et risques de maladies ou de décès. Ces associations peuvent être fortuites ou biaisées (par exemple, si les buveurs de café fument ou boivent de l'alcool). Mais lorsque des associations sont observées dans plusieurs études rigoureuses, par différentes équipes, à différentes périodes et sur différentes populations, l'hypothèse d'un lien de causalité se renforce. Le café n'est pas non plus un poison, sauf en cas de surdosage. Jusqu'à quatre ou cinq tasses par jour (environ 400 mg de caféine) sont sans danger pour tout adulte. Cependant, 10 à 20 % de la population en consomme davantage, notamment les personnes souffrant de troubles mentaux ou les athlètes cherchant à améliorer leurs performances. La dose mortelle de caféine est d'environ 6000 mg. Il existe aussi des interactions médicamenteuses, et certains faux risques, comme les symptômes gastro-intestinaux, ne sont pas confirmés par les études récentes : le café n'entraîne ni ulcère ni reflux gastro-œsophagien (Barrea et al., 2023).

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Bénéfices potentiels du café

Bien qu'il soit prématuré de recommander officiellement la consommation de café pour la santé en raison du manque d'essais randomisés, des indices concordants suggèrent que les bénéfices l'emportent largement sur les risques pour une consommation de trois à cinq tasses par jour.

Réduction de la mortalité toutes causes

Des études récentes, dont une européenne portant sur plus de 450 000 participants, montrent une réduction de la mortalité à partir de trois tasses par jour, chez les hommes et les femmes, dans tous les pays étudiés (Gunter et al., 2017). Cette réduction est encore plus importante chez les non-fumeurs. Une étude américaine sur plus de 400 000 participants confirme une réduction du risque de décès d'environ 15 % chez les consommateurs de 3,5 tasses par jour.

Réduction du risque de plusieurs cancers

Le café (2 à 3 tasses par jour) réduirait de 40 % le risque de cancer du foie. Il réduirait aussi le risque de cancer du sein de 13 % (3 à 4 tasses) et jusqu'à 20 % (5 tasses). Le risque de mélanome malin serait réduit d'environ 20 %. D'autres études montrent des associations similaires pour les cancers de l'ovaire, de l'endomètre et de la thyroïde. De plus, la mortalité toutes causes de cancers serait réduite d'environ 20 % à partir de deux tasses par jour.

Réduction des risques cardio-métaboliques et du diabète

Une méta-analyse portant sur près de 160 000 personnes montre une réduction de 13 % du risque cardio-métabolique (Shang, Li and Jiang, 2016). Une étude française ayant suivi près de 70 000 femmes pendant 11 ans montre que plus de trois tasses par jour sont associées à une réduction de 27 % du risque de diabète de type 2 (Sartorelli et al., 2010). Une étude sud-coréenne indique même une réduction de 39 % chez les consommateurs de café noir, sans lait ni sucre. Le café serait aussi bénéfique sur la réduction des triglycérides et du LDL cholestérol.

Réduction du risque d'hypertension artérielle

Contrairement à une idée reçue, la consommation régulière de café (3 tasses par jour) est associée à une réduction d'environ 20 % du risque d'hypertension chez les non-fumeurs (Miranda, 2021).

Prévention du risque de maladie d'Alzheimer

Une récente publication nord-américaine (Zhang et al., JAMA, 2026) portant sur plus de 130 000 personnes suivies pendant environ 40 ans montre que les consommateurs de café ont un risque de démence sénile de type Alzheimer réduit de près de 20 %. La consommation élevée de thé montre la même réduction, mais pas le café décaféiné. La protection maximale est observée avec 2 à 3 tasses de café ou 1 à 2 tasses de thé par jour.

Propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes

Ces propriétés pourraient expliquer une partie des effets bénéfiques du café, notamment sur l'obésité, le syndrome métabolique, le diabète de type 2, la démence sénile, certains cancers et la mortalité.

Conclusion : un plaisir aux vertus préventives

Si le principe de précaution s'applique en cas d'incertitude sur un risque évitable, on pourrait l'appliquer à la consommation de café pour se prémunir de plusieurs risques : prise de poids, obésité, diabète, dyslipidémies, hypertension, cancers, et même maladie d'Alzheimer. Pour une fois que la prévention n'est pas assortie d'interdits mais encourage à reprendre du café, il faut en profiter ! Certes, les bénéfices potentiels ne sont pas tous garantis, et les niveaux de réduction de risque pourront être affinés avec le temps. Mais de nouvelles découvertes, comme pour la maladie de Parkinson, pourraient apporter d'autres bonnes nouvelles. Alors, savourons un petit café, seul ou à plusieurs, de préférence le matin ou en début d'après-midi pour ne pas nuire au sommeil !

Antoine Flahault, Université Paris Cité, Inserm UMR 1137, Hôpital Xavier Bichat. L'auteur déclare n'avoir aucun conflit d'intérêt avec le sujet traité.