Loin des jardins de publicité, le réensauvagement prône le soutien de la biodiversité, l'observation, l'emploi de plantes locales et le lâcher prise. De quoi s'agit-il exactement et comment l'adopter ? Face à la sécheresse et à l'effondrement de la biodiversité, le jardinage traditionnel atteint ses limites. Quentin Travaillé, jardinier naturaliste, propose une approche radicalement différente : le réensauvagement. Entre résilience climatique et respect du vivant, il milite pour métamorphoser nos espaces verts afin de les rendre plus riches et plus durables. Avec son compte « La Vie Partout », il est suivi par plus de 775 000 personnes sur les réseaux sociaux (Instagram, Facebook et YouTube). Chaque semaine, il distille ses conseils dans sa newsletter « Comment réensauvager les jardins » et vient de sortir son « Guide pour réensauvager les jardins », paru aux Éditions Albin Michel.
Réensauvager son jardin, ça veut dire quoi ?
L'idée, c'est de lâcher le contrôle qu'on peut avoir sur les jardins qui nous entourent. Plutôt que de choisir des plantes horticoles, laisser les plantes locales, sauvages, se réinstaller dans les jardins, pour permettre à tout le cycle du vivant de se remettre en place et retransformer nos décors de verdure en un écosystème fonctionnel.
Quelles sont les erreurs les plus fréquentes que vous remarquez dans les jardins traditionnels ?
Souvent, ça va être de vouloir coller à ce qu'on voit dans les autres jardins, ou suivre les offres des pépinières. C'est dommage parce qu'on se retrouve avec les mêmes plantes en Bretagne, en Alsace, dans les Pyrénées… alors qu'on a un pays fantastique en termes de biodiversité, de patrimoine végétal… Et puis, ça oblige à un entretien constant, parce que les plants de jardinerie ne sont pas forcément adaptés, ils ont été habitués à avoir beaucoup d'eau, ce sont des espèces peu robustes…
Quelle est la place des déchets verts dans votre démarche ?
Déjà, dans la nature, il n'y a pas de déchets, ça n'existe pas. La matière organique, c'est ce qui nourrit et produit le sol. Au printemps, on est tentés de retirer les feuilles mortes et de les envoyer en déchèterie, mais à côté de ça, on va acheter du terreau. Ce que je conseille plutôt, c'est de broyer les branches mortes, de mélanger tout ça avec du carton, les feuilles mortes, les tontes de pelouse… et ça, c'est de l'or pour votre jardin. C'est une philosophie qui permet de changer un peu de manière de faire dans le jardin, justement pour lâcher le contrôle et profiter un peu plus.
Comment enrichir le sol des terrains parfois sableux et peu fertiles du Sud-Ouest ?
Les terrains sableux de la Gironde ou des Landes ne sont pas évidents à entretenir, si on veut coller à l'image du jardin de publicité. Mais en tant que naturaliste, ce sont des jardins exceptionnellement rares, qui permettent de travailler des choses différentes. Il est possible d'enrichir le sol en utilisant des matières organiques pour apporter de la fertilité. Et puis, quand vous vous baladez dans les zones naturelles de ces endroits-là, intéressez-vous aux plantes qui poussent. Baladez-vous en utilisant l'application PlantNet par exemple, pour scanner les plantes que vous trouvez jolies et noter leur nom. Si elles poussent sur ce sol-là, c'est qu'elles sont parfaitement adaptées.
Comment faire de son jardin un refuge pour la faune, notamment les pollinisateurs ?
Les pollinisateurs sont souvent liés à des plantes hôtes très spécifiques. Par exemple, l'abeille collette du lierre ne butine quasiment que le lierre. Si vous arrachez le lierre de votre jardin, elle disparaîtra. Veillez donc à planter des plantes locales et sauvages, souvent parfaitement adaptées pour les insectes de la région. Idéale dans le Sud, la sauge peut attirer une trentaine d'espèces d'abeilles différentes. Vous pouvez aussi imaginer une haie fleurie, avec du cornouiller, ou planter du sureau… C'est un arbre qui pousse tout seul, qui n'a besoin de rien, qui prend un peu les pucerons au printemps, mais c'est tout. Et vous verrez : se dire « je vais planter cette plante pour attirer les papillons ou les abeilles », et réaliser quelques mois plus tard que ça bourdonne partout, forcément, ça rend heureux.
Réensauvager, ça demande plus ou moins de travail d'entretien qu'un jardin classique ?
Les deux à la fois. Si vous avez un jardin où il suffit de passer la tondeuse avec un robot, c'est sûr que réensauvager vous donnera plus de travail. Mais la plupart du temps, ça en nécessite moins, parce qu'on ne tond que partiellement, qu'on choisit les zones à désherber, qu'on plante des végétaux plus robustes ou des vivaces qui n'ont pas besoin d'être remplacés d'année en année, qu'on ne taille qu'une fois par an, etc. C'est une philosophie qui permet de changer un peu de manière de faire dans le jardin, justement pour lâcher le contrôle et profiter un peu plus.



