L'agriculture biologique française enregistre un recul historique
Pour la première fois depuis le développement de ce secteur, le nombre de producteurs engagés en agriculture biologique a baissé en 2025. L'Agence Bio a annoncé jeudi 26 février un solde négatif de -0,6% entre les nouveaux arrivants et ceux qui quittent ce mode de production, soit 386 fermes en moins. Ce chiffre, encore à consolider, représente un signal d'alarme selon les experts.
Un paradoxe inquiétant : la consommation repart mais la production recule
Marine Bré-Garnier, de l'observatoire national de l'agriculture biologique, met en garde : « C'est un signal qu'il ne faut pas prendre à la légère ». Cette alerte est d'autant plus préoccupante que la consommation de produits bio montre de très bons signes de reprise en 2025, après plusieurs années difficiles.
Le contexte économique récent explique en partie cette situation complexe :
- La consommation de produits bio a chuté à partir de 2022 sous l'effet de l'inflation
- Une timide reprise s'est amorcée en 2024 (+0,8% en valeur)
- Cette tendance s'est confirmée en 2025 avec une hausse de 3,5%
Le phénomène de "déconversion" s'étend au-delà des agriculteurs
La baisse de consommation a entraîné un mouvement de « déconversion » qui touche non seulement les agriculteurs mais aussi les transformateurs. Ces acteurs quittent progressivement la production biologique, caractérisée par l'absence de pesticides et d'engrais de synthèse.
Ce retrait massif se matérialise par des indicateurs concrets :
- Des reliquats de plusieurs millions d'euros sur les fonds européens habituellement destinés au bio
- Une baisse des surfaces agricoles dédiées au bio pour la deuxième année consécutive
- Un risque de pénurie de produits biologiques à moyen terme
Des objectifs ambitieux mais des moyens réduits
La loi française fixe pourtant un objectif ambitieux : atteindre 21% des surfaces agricoles dédiées au bio d'ici 2030. Cet objectif représente le double des surfaces de 2024 (10,1%), mais celles-ci sont en repli constant. Les premières remontées statistiques suggèrent que ce mouvement pourrait se poursuivre en 2025.
Loïc Madeline, coprésident de la fédération des agriculteurs bio (Fnab), souligne ce paradoxe : « Nous faisons face à un paradoxe : la demande en bio repart mais les fermes restent fragilisées et la production recule. Le risque est de manquer de produits bios demain ». Il appelle à des « politiques publiques et des financements ambitieux » pour inverser cette tendance.
Pourtant, l'Agence Bio, chargée du fonds avenir bio, a vu son budget baisser en 2025 après avoir été menacée de disparition dans le cadre du budget de l'année précédente. Bruno Martel, nouveau président de l'Agence Bio, précise que le niveau de 2025 a été « maintenu » en 2026, mais cela pourrait ne pas suffire face aux défis actuels.
Une nécessaire réadéquation entre l'offre et la demande
Bruno Martel anticipe : « On va avoir au moins sur le premier semestre 2026 une réadéquation offre-demande ». Il préconise d'attendre que cette adéquation se confirme avant de « relancer des actions de stimulation de la conversion » des agriculteurs au bio. Ce processus de conversion est particulièrement long et peut prendre plusieurs années avant d'obtenir la certification nécessaire.
Cette situation critique met en lumière les défis structurels auxquels fait face l'agriculture biologique française, tiraillée entre des objectifs environnementaux ambitieux et des réalités économiques contraignantes.



