Une génération engagée pour la biodiversité viticole
Dans le cadre d'une initiative pédagogique et environnementale, des élèves du lycée général et viticole de Libourne-Montagne ont activement participé à une opération de collecte et de replantation de boutures d'essences locales. Cette action vise à recréer des haies dans le vignoble, une démarche essentielle pour préserver la biodiversité et l'écosystème local.
Une pédagogie concrète au service de l'agroécologie
Maxence et Lise, scolarisés au lycée viticole Libourne-Montagne, ont pris part pour la première fois à cette sortie organisée le vendredi 27 février avec le Conseil des Vins de Saint-Émilion. L'opération s'est déroulée sur le site de la pépinière collaborative implantée sur des terrains mis à disposition par la Cuma de Saint-Émilion, à Saint-Christophe-des-Bardes.
Le principe fondamental de cette initiative est de remettre l'agroécologie au cœur du vignoble. Un groupe d'élèves de deux classes de seconde générale, mobilisés dans le cadre de l'option Écologie, agronomie, territoires et développement durable (EATDD), et d'une classe de première en option Agronomie, écologie, territoire (EAT), s'est relayé pour prélever des plantules au bois de Malengin à Puisseguin.
Ces boutures ont ensuite été transportées sur le site de la pépinière pour y être replantées. « Les pousses s'y développent. Elles sont ensuite de nouveau prélevées pour être replantées chez les viticulteurs », expliquent Charlotte Novara, enseignante en agronomie, et Charlotte Panier, professeure de biologie et écologie, qui encadrent les élèves avec leur collègue Benjamin Bertineau. « C'est pour nous un véritable outil de pédagogie. »
Une stratégie environnementale structurée
Cette opération s'inscrit dans l'un des six grands axes définis dans le cadre de la stratégie environnementale de l'appellation Saint-Émilion. L'action, développée par le groupe « paysages » au sein du Comité de pilotage environnement et biodiversité coprésidé par Karl Todeschini et Olivier Chaignaud, se trouve au carrefour des préoccupations des viticulteurs.
Les objectifs sont multiples :
- Enrichissement des sols
- Lutte contre le dérèglement climatique
- Amélioration de la qualité de l'air
- Préservation de la biodiversité
« La démarche environnementale du Conseil des vins de Saint-Émilion est plurielle », précisent Nawel Aouadi et Laetita Vendrame, chargées de mission Environnement et biodiversité au sein du syndicat viticole, accompagnées de Mathias Gaillard, représentant du cabinet Oxao, partenaire de l'initiative.
Essences locales et patrimoine écologique
La collecte a porté sur diverses essences locales :
- Cornouiller sanguin
- Troène
- Plantules d'érable
- Aubépine
- Charme commun
- Chêne
- Érable champêtre
- Frêne
- Fusain d'Europe
- Sureau noir
« L'idée est de développer la pépinière avec des essences faisant partie du patrimoine écologique de Saint-Émilion », développe Karl Todeschini, lui-même viticulteur à Saint-Étienne-de-Lisse. « Ces essences sont redistribuées aux exploitants qui en font la demande. Elles sont réparties en fonction des besoins, mais aussi en tenant compte des quatre grands types de terroirs et de la nature des sols de l'appellation. »
Objectif ambitieux : 10 kilomètres de haies
La demande pour ces plants a été particulièrement forte en 2025. « Nous avons envoyé un mail à tous nos adhérents. Le retour a été de 15 %, ce qui est déjà considérable », souligne Karl Todeschini. « L'intégralité des 1 734 plants récoltés l'année dernière a été distribuée à 76 propriétés différentes. Cela représente 1,7 km de haies pour cette seule année. »
L'objectif fixé est ambitieux : dix kilomètres de haies replantés d'ici à deux ans. Karl Todeschini apprécie particulièrement l'image d'un « corridor écologique » qui deviendrait le poumon vert de l'appellation.
Les jeunes participants, quant à eux, goûtent pleinement cette expérience concrète. Peu d'entre eux se destinent aux métiers de la terre traditionnels, mais comme le souligne leur amie Alice : « Mais dans le domaine de l'environnement... », laissant entendre que cette génération a parfaitement intégré les enjeux écologiques contemporains, là où nombre de leurs aînés peinent parfois à suivre le rythme des transformations nécessaires.



