Agriculture bio et hydrogène vert : les croyances écologiques face aux réalités économiques
Croyances écologiques vs réalités économiques : agriculture bio et hydrogène

Les croyances écologiques à l'épreuve des faits économiques

La célèbre réflexion de Marcel Proust – « Les faits ne pénètrent pas dans le monde où vivent nos croyances » – trouve chaque jour de nouvelles confirmations dans le domaine des politiques publiques. Si certaines situations peuvent prêter à sourire par leur absurdité, elles doivent surtout inquiéter car elles témoignent d'un gaspillage considérable des fonds publics qui contribue à l'appauvrissement des Français.

L'agriculture biologique confrontée à ses limites

L'Inrae, désormais plus orienté vers l'environnement que vers l'agriculture, a publié en janvier 2026 une étude révélatrice sur les besoins en azote de l'agriculture biologique. L'azote, avec le phosphore et le potassium, constitue un engrais indispensable pour toutes les cultures. En agriculture biologique, l'utilisation de sources d'azote issues de l'industrie chimique (urée ou ammoniaque) est interdite, imposant le recours à des sources naturelles, principalement animales, comme le fumier ou le lisier.

L'étude examine deux scénarios : l'un avec une augmentation limitée des élevages biologiques, l'autre avec une réduction significative du cheptel traditionnel. Les conclusions sont sans appel : avec 25 % de surface agricole utile en bio, la France ne peut maintenir son niveau actuel de consommation de produits animaux sans augmenter ses importations. Dans le scénario tendanciel, une réduction de 5 % de la consommation de viande, lait et œufs serait nécessaire ; dans le scénario de réduction, cette baisse pourrait atteindre 30 %.

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L'agriculture biologique présente en effet une productivité sensiblement inférieure, nécessitant davantage de surfaces pour une même production. Cet espace supplémentaire ne peut être obtenu qu'au détriment des forêts. On peut également s'interroger sur les raisons qui poussent à bannir l'urée et l'ammoniaque de synthèse : si leur bilan carbone est médiocre, celui de l'élevage destiné à produire du fumier n'est pas neutre non plus.

L'effondrement des projets hydrogène vert

Dans le domaine énergétique, les doutes exprimés dès 2020 sur l'avenir de la filière hydrogène se confirment dramatiquement. En 2025, Lhyle suspend son unité du Poitou, Stellantis arrête la production d'utilitaires à hydrogène en France et en Pologne, tandis que Renault liquide son usine H2 à Flins. À l'étranger, la mortalité des projets hydrogène est également la règle, à l'exception notable de la Chine.

Arcelor Mittal a suspendu deux projets d'acier « vert » à hydrogène en Allemagne, BP a abandonné ses projets d'hydrogène vert en Australie, au Royaume-Uni et à Oman, et ExxonMobil a gelé son usine d'hydrogène bleu au Texas. Pourtant, l'administration française persiste dans sa croyance, avec une stratégie nationale révisée prévoyant toujours une capacité de production de 4,5 GW en 2030, soutenue par 4 milliards d'euros sur 15 ans.

Rien n'indique que le coût de l'hydrogène vert produit par électrolyse de l'eau puisse s'approcher de celui de l'hydrogène gris ou noir produit à partir d'énergie fossile. Ironiquement, les voitures à hydrogène qui circulent à Paris fonctionnent principalement grâce à la gazéification du charbon australien – une solution peu écologique.

Les contradictions des politiques énergétiques

Le décret promulgué par Sébastien Lecornu pour la PPE3 (programmation pluriannuelle de l'énergie, version 3) illustre la même logique déconnectée des réalités. Basé sur des hypothèses contestées par l'Académie des sciences, l'Académie des technologies et le Haut-commissariat à l'Énergie atomique, ce texte prévoit une forte augmentation de la demande électrique qui ne se matérialise pas.

La demande d'électricité n'augmente pas au rythme prévu ; elle a même baissé depuis 2019 et, en 2025, elle est comparable à son niveau de 2000. Bien qu'une augmentation soit attendue, notamment due aux centres de données de l'intelligence artificielle, elle n'atteindra jamais les sommets justifiant les projets pharaoniques d'éoliennes prévus par la PPE3.

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L'hydrogène vert n'est pas pour demain, la sidérurgie ne pourra se passer de hauts fourneaux tant que le recyclage ne suffira pas à répondre à la demande, et le e-kérosène, solution prometteuse pour remplacer le kérosène fossile, n'est ni pour 2030 ni pour 2040. Pourtant, les avions continueront de voler.

Le paradigme écologique en question

Le gouvernement tente de s'attirer les faveurs des écologistes et du Parti socialiste au prix d'une décroissance de notre agriculture et de notre industrie, ainsi que d'une perte de pouvoir d'achat pour les ménages. Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, joue un rôle clé dans cette orientation. Ancienne présidente du WWF de janvier 2021 à 2023, elle a dirigé une organisation opposée à la classification du nucléaire comme énergie durable dans la taxonomie européenne.

Les défenseurs des énergies renouvelables restent favorables au gaz, qui émet pourtant du dioxyde de carbone, présenté à grand renfort de publicité comme une énergie « propre » pour alimenter le réseau en l'absence de vent ou de soleil.

Nous assistons ainsi à une situation inédite où l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et techniques, le haut-commissaire à l'Énergie atomique et l'Académie des sciences s'opposent ouvertement au gouvernement et à une administration dominée par le paradigme écologique. Cette confrontation, bien que préoccupante, offre cependant un espoir : la communauté scientifique se réveille et ne laisse plus passer sans réagir les dénis de réalité.