Le Gard mise sur les circuits courts pour une restauration scolaire de qualité
Dans le département du Gard, une collaboration fructueuse entre la Chambre d'agriculture et les collectivités locales transforme progressivement la restauration scolaire. L'objectif est double : soutenir les agriculteurs locaux tout en offrant aux élèves des repas de qualité, privilégiant les produits de proximité, la saisonnalité et le bio.
Une initiative concrète portée par les élus
Depuis le 1er septembre, la communauté de communes du Pays de Sommières a confié son marché de restauration collective et périscolaire à la société SHCB, basée à la cuisine centrale de Nîmes. Cette décision, soutenue par l'ensemble des élus communautaires, s'inscrit dans une démarche qualitative ambitieuse. Pierre Martinez, président de la communauté de communes, détaille : "45 % de ces produits sont approvisionnés localement et 50 % d'entre eux sont issus de filière de qualité. La totalité de la viande est française, 75 % des fromages sont à la coupe et 85 % des desserts sont faits maison."
Si ces repas sont facturés en moyenne 4 € aux familles, leur coût réel pour la collectivité avoisine les 10 €. Un écart assumé, comme l'explique Pierre Martinez : "C'est un choix financier assumé, le gage de notre exigence de qualité. Présenter les produits locaux dans les assiettes des enfants est une action concrète et vertueuse."
L'agriculture gardoise au cœur du dispositif
Magali Saumade, présidente de la Chambre d'agriculture du Gard, se bat depuis plus de six ans pour développer les circuits courts et favoriser les actions en restauration collective. Élue en 2020 à la tête de la commission Actions en restauration collective de l'Agence Bio, elle souligne : "Agir localement et collectivement est bénéfique aussi bien pour les agriculteurs que pour les élus, les professionnels de la restauration et bien entendu les consommateurs."
Impliquer le monde agricole est fondamental, selon elle : "Cela permet de préserver notre agriculture tout en dynamisant notre territoire." Le premier partenariat significatif en matière de restauration collective de qualité a été établi avec la Ville de Nîmes, en collaboration avec l'association Un plus bio.
Un plus bio : un acteur national ancré dans le Gard
Créée il y a près de vingt ans dans le Gard, l'association Un plus bio questionne l'évolution des approches et des métiers de la restauration collective, avec pour finalité de promouvoir une alimentation plus bio et plus locale. Devenue une référence nationale, notamment grâce à son Club des territoires initié en 2013, elle accompagne aujourd'hui les politiques alimentaires visant à fournir des produits locaux dans les cantines.
Amandine Pieux, animatrice du Club des territoires, précise : "Notre rôle est de soutenir le changement des pratiques et de tisser des partenariats avec les collectivités territoriales et les associations agricoles. Nous travaillons avec des villes comme Paris, Marseille, la Région Occitanie, mais aussi de nombreuses communautés de communes."
Le Club des territoires constitue un lieu unique en France où des collectivités, représentées par leurs élus et techniciens, s'engagent politiquement dans la transformation de leur territoire via le levier de l'alimentation. "Il est devenu le premier réseau national des collectivités engagées dans le bio, le local, le sain et le juste à table", ajoute Amandine Pieux.
Par ailleurs, l'association a créé il y a cinq ans l'Observatoire national de la restauration collective bio et durable, principal outil d'analyse et de prospective au service des politiques publiques d'alimentation durable.
Des résultats tangibles et des perspectives encourageantes
Ces partenariats sont considérés comme gagnant-gagnant par la Chambre d'agriculture du Gard, qui joue un rôle crucial en partageant son expérience et sa connaissance des terroirs, tout en créant des liens entre agriculteurs et prestataires. "Il assure un revenu décent pour les agriculteurs et il favorise des produits locaux de qualité et de saison dans les cantines", explique Magali Saumade.
Désormais, plus de 130 tonnes de produits gardois se retrouvent chaque année dans les assiettes des cantines scolaires, un chiffre appelé à croître. "La visibilité financière et agricole qu'offre ce type de partenariat doit inciter les jeunes agriculteurs à s'installer dans le département", estime-t-elle.
Pour amplifier cette dynamique, la Chambre d'agriculture du Gard a créé il y a plus de deux ans le Mas des agriculteurs à Nîmes, un magasin de vente de produits régionaux qui fédère plus de 3 000 agriculteurs gardois. Grâce à une plateforme logistique adaptée, il développe des partenariats avec les collectivités pour accroître la part des produits gardois dans les cantines. Il fournit notamment l'unité de conditionnement de légumes (UCL) créée par le Département, qui alimente actuellement 26 des 53 collèges gardois.
Vers une généralisation de l'approvisionnement local
Le mouvement n'en est qu'à ses débuts. La Chambre d'agriculture du Gard participe actuellement à six projets alimentaires territoriaux visant à relocaliser l'agriculture et l'alimentation dans le département. "Il faut maintenant insuffler, notamment de la part des collectivités, une nouvelle dynamique pour aller encore plus loin", insiste Magali Saumade.
Dans les lycées, Carole Delga, présidente de la Région, a fait de l'approvisionnement local une priorité. "Nous militons pour que le Gard soit un département pilote", affirme Magali Saumade, qui envisage également de travailler avec la restauration hospitalière, secteur qui compose plus de 6 000 repas par jour.
Des collèges engagés pour une alimentation saine
Les cantines des 53 collèges publics gardois gérés par le Département servent 3 millions de repas par an, avec 70 % des 30 400 élèves déjeunant sur place. Depuis 2012, le Conseil départemental porte une attention accrue à une alimentation saine, durable et accessible à tous.
L'unité de conditionnement de légumes (UCL) de Nîmes a réduit l'utilisation du surgelé au profit des produits frais. Ce dispositif, au cœur d'une stratégie d'approvisionnement de proximité, livre 140 tonnes de fruits et légumes de saison chaque année à 26 collèges, dont 34 % en bio.
Quatre collèges gardois sont labellisés Ecocert, partenaire historique d'Un Plus Bio : Jean Rostand à Nîmes, Le Coutach à Quissac, Le Castellas à Bessèges, et le collège de Lédignan. Cette labellisation garantit différents niveaux de qualité des cuisines et prend en compte les enjeux sociétaux, environnementaux et de santé publique.
Consciente que le cadre scolaire est parfois le seul lieu où certains jeunes ont accès à un menu équilibré, la collectivité veille à ce que le prix n'excède pas 3,50 euros. Une démarche qui allie qualité, accessibilité et éducation à une alimentation responsable.



