Bio : la consommation reprend mais les fermes disparaissent, un défi pour la restauration collective
Bio : consommation en hausse mais fermes en baisse, défi cantines

Bio : une consommation en reprise mais un secteur agricole en difficulté

Le secteur de l'agriculture biologique présente un tableau contrasté. D'un côté, la consommation de produits bio montre des signes encourageants de reprise après plusieurs années de stagnation. De l'autre, le nombre de fermes bio en France connaît pour la première fois une baisse inquiétante, ce qui compromet sérieusement les objectifs ambitieux fixés par la législation pour la restauration collective.

L'objectif EGalim loin d'être atteint dans les cantines

La loi EGalim avait fixé un objectif clair : atteindre au moins 50% de produits de qualité et durables, dont 20% de bio, dans la restauration collective au 1er janvier 2022. Force est de constater que le compte n'y est pas. « On est à moins de 7% dans les 81 300 cantines scolaires. À 5,2% en 2024 dans toute la restauration collective », déplore Julien Picq, chargé de mission restauration hors domicile à l'Agence Bio.

Ces chiffres représentent un volume d'achat de 516 millions d'euros, auxquels s'ajoutent environ 50 millions d'euros en achats directs. Le site officiel ma-cantine.gouv affiche un pourcentage plus optimiste de 11,8%, mais ce chiffre repose sur de la télédéclaration et « ne reflète pas suffisamment la réalité » selon les experts du secteur.

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Les freins à l'adoption du bio en restauration collective

Pour les cantines scolaires, les élus locaux mettent souvent en avant l'argument du coût. L'Agence Bio et ses relais régionaux, les Interbio, tentent de déconstruire cette idée reçue en s'appuyant sur des expériences concrètes et des études chiffrées.

Un rapport de l'Ademe publié en 2023 révèle que le surcoût lié à l'introduction de produits bio est en réalité modéré :

  • 0,08 € par repas pour 20% de produits bio avec un repas végétarien hebdomadaire
  • 0,20 € par repas pour 50% de bio avec deux repas végétariens

« Le bio est plus cher à produire de 20% à 30% que le conventionnel », reconnaît Julien Picq. « C'est pourquoi l'introduction du bio dans la restauration collective doit s'accompagner de leviers complémentaires » : la végétalisation des assiettes, le respect de la saisonnalité des produits, la réduction du gaspillage alimentaire et le travail des produits bruts.

Une baisse historique du nombre de fermes bio

La situation devient préoccupante avec la révélation d'une donnée inédite : le solde des fermes bio françaises est négatif pour la première fois. En 2025, on compte 386 fermes bio en moins, soit une diminution de 0,6%.

Bruno Martel, nouveau président de l'Agence Bio, explique cette tendance inquiétante : « Le nombre des arrêts liés à des départs à la retraite non remplacés et à des déconversions est supérieur aux installations bio et conversions ». Le secteur aval n'est pas épargné non plus, avec une baisse de 2,1% du nombre d'opérateurs, soit 830 entreprises en moins.

Des signes positifs du côté de la consommation

Dans ce contexte difficile, quelques lueurs d'espoir apparaissent du côté de la consommation. Après deux années de stabilité, la consommation bio à domicile aurait augmenté de 3,5% en 2025, avec des progressions variables selon les circuits de distribution :

  1. +6,6% dans les magasins spécialisés bio
  2. +5,2% en vente directe
  3. +1,7% dans la grande distribution
  4. +0,5% chez les commerçants de proximité

Cette reprise est particulièrement marquée chez les jeunes adultes de 18 à 35 ans, selon le baromètre bio présenté au Salon de l'agriculture. L'enquête réalisée auprès de 6 127 personnes révèle que les motivations santé et environnementales reprennent le dessus sur le critère du goût dans les décisions d'achat.

La nécessité de structurer les filières bio

Face à ces défis, la structuration des filières apparaît comme une priorité absolue. L'Agence Bio travaille activement sur plusieurs fronts grâce au Fonds Avenir bio :

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  • Augmentation de la surface agricole utile en légumineuses et céréales bio
  • Restructuration de la filière viande bio qui a beaucoup décapitalisé
  • Campagne européenne « Cuisinons plus bio » à destination des chefs de la restauration collective
  • Formation au bio dans les écoles d'hôtellerie et de restauration

Pourtant, l'Agence Bio elle-même traverse une période difficile, avec une réduction de son budget, le départ de sa directrice Laure Verdeau, et l'absence d'invitation des filières bio aux conférences sur la souveraineté alimentaire organisées par la ministre de l'Agriculture Annie Genevard.

Le secteur de l'agriculture biologique se trouve ainsi à un carrefour crucial, devant concilier une demande croissante des consommateurs avec des difficultés structurelles qui menacent sa pérennité et sa capacité à répondre aux objectifs nationaux en matière d'alimentation durable.