Donald Trump abroge une loi climatique historique : un coup porté à la santé publique américaine
Jeudi 12 février, le président américain Donald Trump a annulé une jurisprudence de 2009, qualifiant les gaz à effet de serre de menace pour la santé publique. Ce texte, appelé « constat de mise en danger », stipulait que six gaz à effet de serre étaient dangereux pour la santé publique et tombaient donc dans le périmètre des polluants réglementés par l'agence de protection de l'environnement.
Une décision aux conséquences économiques et environnementales majeures
Cette décision n'est pas seulement environnementale : elle est aussi économique, puisqu'elle supprime le fondement juridique des normes d'émissions pour l'automobile et l'industrie. Pour le dirigeant, cette décision « va faire économiser des milliers de milliards de dollars aux consommateurs américains » en réduisant le coût des voitures.
Mais derrière cette décision radicale, l'une des plus dures prises par la Maison-Blanche en matière climatique, se cache une volonté claire du président climatosceptique : celle de relancer l'industrie du charbon, au mépris des alertes du monde scientifique et universitaire.
L'analyse de François Gemenne, chercheur et politologue
François Gemenne, chercheur, politologue et coauteur du sixième rapport du Giec, explique : « Sincèrement, je suis étonné que ce décret soit abrogé si tard dans sa présidence. Il a commencé par des mesures essentiellement symboliques : retrait de l'accord de Paris, du Giec, de la convention climat, etc., qui avaient peu d'effets à court terme pour les Américains. »
« Celle-ci a un effet immédiat, en particulier pour les industries du charbon et d'autres industries de pétrochimie, qui ne vont plus être contraintes à des normes d'émissions. C'est un cadeau qui est fait aux industries très polluantes. »
Une dimension historique majeure
Pendant très longtemps, les États américains et l'État fédéral se sont battus pour savoir qui pouvait imposer des normes de pollution aux voitures, notamment parce que la Californie voulait imposer des normes plus strictes que la réglementation fédérale. Finalement, avec la montée des préoccupations climatiques, la Cour suprême, dans un jugement de 2007, a reconnu que les gaz à effet de serre étaient nuisibles pour la santé.
Résultat : les gaz à effet de serre pouvaient être régulés par le Clean Air Act, une législation sur la pollution atmosphérique passée sous la présidence de Richard Nixon dans les années 1970. Ce que la révocation de ce décret signifie, c'est que, désormais, il n'y aura plus de législation fédérale sur les normes d'émissions de gaz à effet de serre.
Une décision qui va plus loin que la dérégulation reaganienne
François Gemenne précise : « Elle va beaucoup plus loin. Ronald Reagan a essayé de débrider l'économie, mais pour autant, même le néolibéralisme reaganien ou thatchérien n'a pas mis en cause la santé des gens. Ici, on s'attaque à la science et à la santé publique. »
« Là où ça va avoir un gros impact, c'est sur l'industrie du charbon, que Donald Trump veut faire revenir dans le mix énergétique américain. Mais c'est une industrie extraordinairement néfaste, non seulement pour le climat mais aussi pour la santé. »
Le message politique de Donald Trump
Le chercheur analyse : « Le message de Trump c'est : 'Ne vous tracassez pas, je veux faire disparaître le problème. On va arrêter de le mesurer, on va arrêter de le documenter, et on ne va plus prendre de législations pour répondre au problème.' En une année, il a à peu près défait toutes les législations environnementales et de santé publique qui existaient aux États-Unis. »
La position des constructeurs automobiles
Concernant l'argument de réduction des coûts des voitures, François Gemenne exprime son scepticisme : « Les constructeurs se sont adaptés aux normes d'émissions. Ils ont changé leur chaîne de fabrication, leur modèle. Je les vois mal revenir en arrière pour produire des voitures qui seraient à dessein plus polluantes. »
« Peut-être qu'au contraire, ça va engendrer un retard aux États-Unis sur d'autres industries, notamment sur l'électrique. »
La politique énergétique américaine : continuité et rupture
Le spécialiste du climat rappelle : « La politique énergétique des États-Unis n'a jamais véritablement varié. Ce qui a varié, c'est le discours, c'est l'agitation sur les réseaux sociaux. Le président qui a accordé le plus de licences d'exploitation pétrolière et gazière, c'est Joe Biden. Barack Obama a poursuivi la politique de George Bush en la matière. »
« Le seul élément, la seule inflexion quand même avec Donald Trump, c'est le retour du charbon dans le mix énergétique. »
L'inquiétude européenne face à cette décision
François Gemenne s'inquiète de la réaction européenne : « Ce qui m'inquiète, c'est qu'en même temps que Donald Trump hier abrogeait ce décret, les 27 se réunissaient à Anvers pour définir et réfléchir à une stratégie industrielle. Avec la même idée : déréguler à tous crins et faire la peau du Green Deal. »
« Je suis frappé que l'Europe se sente obligée de suivre la voie tracée par les États-Unis. Cette poussée à la dérégulation, c'est comme si l'Europe avait peur, si elle ne suivait pas les États-Unis, d'être le dindon de la farce. Je crois que c'est une erreur grave et que c'est un signe de vassalisation politique. »
« Au contraire, l'intérêt de l'Europe serait précisément d'insister, d'accélérer sur toute une série d'instruments assez essentiels, notamment pour assurer son autonomie énergétique : le Pacte vert, la sortie des énergies fossiles, entre autres. »



