Hendaye : les surfeurs mobilisés pour sauver la vague mythique de la Bidassoa menacée par le dragage
Surfeurs d'Hendaye défendent leur vague mythique menacée par le dragage

Hendaye : la vague mythique de la Bidassoa en sursis face au dragage du chenal

À Hendaye, sur les rives de la Bidassoa, fleuve frontière entre la France et l'Espagne, une bataille discrète mais déterminée se joue pour la préservation d'un patrimoine surfistique unique. Jean Lizarazu, 83 ans, pionnier historique, et son fils Peyo, porte-parole d'un collectif de surfeurs transfrontalier, observent avec une attention tendre les mouvements de l'eau. La surface se bombe légèrement, une boursouflure discrète qui progresse le long de la digue de Sokoburu. Mais aujourd'hui, les conditions de houle et de marée sont insuffisantes. La Bidassoa n'offrira pas sa vague légendaire.

Une vague unique, née dans les années 1960

Cette vague mythique ne se forme qu'une quarantaine de jours par an, lorsque houle et marée s'accordent parfaitement. « Elle est particulière par rapport à la plage, moins violente. On peut parfois la prendre sur 800 mètres. C'est très agréable », décrit Jean Lizarazu, l'un des premiers à l'avoir surfée dans les années 1960 avec une poignée de découvreurs. Après des décennies d'alternance, la vague avait connu une renaissance il y a une dizaine d'années. La voilà aujourd'hui menacée de disparition par des travaux de dragage du chenal.

Le dragage en cours : une menace directe

Depuis le 23 mars, des navires aspirants et des conduits extracteurs opèrent dans la baie de Txingudi. Ce dragage, qui s'inscrit dans un chantier en deux phases (2025-2027 puis à partir de 2029) et coûte 2,56 millions d'euros, vise à évacuer des milliers de mètres cubes de sable pour sécuriser le passage des bateaux en recréant une profondeur de trois mètres. Une configuration incompatible avec la survie de la vague de surf.

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Dès 2021, la Fédération française de surf (FFS), par la voix de son président Jacques Lajuncomme, s'était inquiétée de l'impact sur ce « joyau ressuscité ». Sans contester le principe du retrait des sédiments, la FFS avait plaidé lors de l'enquête publique pour « la possibilité d'un dragage de plus faible intensité » afin de maintenir le banc de sable à l'origine de la vague.

Un compromis technique possible ?

Le commissaire-enquêteur, tout en comprenant « le désarroi » des surfeurs, avait mis en avant l'aspect sécuritaire et réglementaire, notant que la pratique du surf y était « simplement tolérée, sans fondement juridique ». Il avait toutefois ouvert la porte à un ajustement : ne pas draguer jusqu'en limite de la digue pour éviter sa déstabilisation, ce qui pourrait préserver partiellement la vague.

Cinq ans plus tard, un banc de 30 à 50 mètres devrait être sanctuarisé, mais « c'est pour éviter la déstabilisation de la digue, pas pour la pratique du surf », regrette Peyo Lizarazu. Ce dernier, figure locale et membre de commissions à la FFS, milite pour un élargissement de cette bande et propose des solutions techniques pour une cohabitation intelligente.

Arguments historiques et calendriers complémentaires

Peyo Lizarazu fait valoir plusieurs arguments :

  • Des calendriers complémentaires : les 40 jours de surf se situent entre septembre et mai, tandis que les bateaux ont surtout besoin de l'accès en été.
  • Un précédent olympique : à Teahupo'o en Polynésie, une vague olympique existe dans un chenal de passage de bateaux.
  • Une valeur patrimoniale : cette vague a fait l'objet de la principale photo du premier article sur le surf en France, publié par un magazine américain en 1964, cliché pris par Stella de Rosnay, épouse du pionnier Joël.

« Si cette vague doit perdurer, cette histoire pourrait être racontée », insiste-t-il, convaincu de la valorisation possible de ce patrimoine immatériel.

Appel à la concertation

La première campagne de dragage doit s'achever le 14 mai. Sollicité, le maire d'Hendaye Kotte Ecenarro compte sur une intervention du préfet : « Je lui demande de réunir tous les acteurs concernés pour travailler ensemble au maintien de ce patrimoine immatériel hendayais tout en assurant le bon déroulement des opérations de dragage. »

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Dans cette bataille pour la Bidassoa, les surfeurs hendayais espèrent que raison technique et préservation patrimoniale pourront trouver un terrain d'entente, permettant à cette vague historique de continuer à vivre pour les générations futures.