Scandale des déchets du BTP : le maire et l'ancien maire de Spéracèdes en garde à vue
Scandale déchets BTP : maire et ex-maire en garde à vue

Scandale des déchets du BTP : le maire et l'ancien maire de Spéracèdes placés en garde à vue

Une affaire de gestion irrégulière de déchets du BTP secoue l'ouest du département des Alpes-Maritimes. Selon nos informations exclusives, le maire et l'ancien maire de Spéracèdes ont été placés en garde à vue ce mercredi matin dans le cadre d'une vaste enquête judiciaire.

Une enquête qui remonte à 2023

Le parquet de Marseille avait ouvert une information judiciaire en 2023 pour gestion irrégulière de déchets en bande organisée. Me Christophe Fiorentino, avocat du maire de Spéracèdes, a confirmé à Nice-Matin la garde à vue de son client, Jean-Marc Macario, indiquant n'avoir aucune nouvelle depuis le début des auditions.

L'affaire concerne ce qu'on appelle dans le jargon du BTP la « déballe » : la pratique illégale qui consiste à décharger des déchets de chantiers sur des terrains naturels, souvent classés et protégés, sans aucune autorisation administrative.

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Les origines du scandale

Tout a débuté en janvier 2020 avec une plainte de France Nature Environnement, alertée par l'ASPIC, une association locale environnementale. La fédération s'inquiétait alors de la formation d'une décharge sauvage en pleine forêt classée à Spéracèdes, commune de 1 500 habitants du pays grassois.

Nice-Matin avait déjà révélé de nombreux éléments de cette affaire en février 2022. Depuis, un juge d'instruction a été saisi et les investigations se sont intensifiées.

L'OCLAESP à la manœuvre

Depuis ce matin, ce sont les gendarmes de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (OCLAESP) qui mènent les opérations. Ce service de police judiciaire à compétence nationale a pour mission spécifique de lutter contre les atteintes graves à l'environnement et à la santé publique.

Les enquêteurs cherchent notamment à déterminer :

  • Qui a pris les décisions permettant à une entreprise de jeter ses déchets en pleine nature
  • Les responsabilités dans cette affaire de dépôt illégal
  • Les éventuels arrangements entre acteurs locaux

Une colline de déchets illégale

Au cœur des investigations : la piste de Spéracèdes où une noria de camions déversait régulièrement des déchets provenant de chantiers de Grasse et des communes environnantes. Ces matériaux abandonnés sans autorisation ont formé une véritable colline artificielle de dix à douze mètres de hauteur sur 400 mètres de longueur.

Cette montagne de déchets est composée d'un mélange inquiétant :

  1. Gravats de construction
  2. Plastiques divers
  3. Ferraille et métaux

Selon des études de France Nature Environnement révélées par Nice-Matin, ces déchets pourraient contenir des résidus amiantés, ce qui aggrave considérablement les risques pour l'environnement et la santé publique.

Des perquisitions antérieures

Les gendarmes étaient déjà intervenus en novembre 2023, procédant à plusieurs perquisitions dans les dossiers de la mairie de Spéracèdes, à quelques jours seulement du conseil municipal du 30 novembre. Le maire Jean-Marc Macario avait été entendu dans ce cadre préliminaire.

Notre enquête avait permis de révéler qu'aucune autorisation administrative n'avait été délivrée dans les formes légales. La préfecture des Alpes-Maritimes n'en a d'ailleurs trouvé aucune trace dans ses archives.

Des arrangements « à la bonne franquette »

De l'aveu même de l'ancien maire, Joël Pasquelin, le deal avec la société délégataire, la SEETP, qui a emporté le marché, a été fait « à la bonne franquette » - c'est-à-dire oralement, sans formalisme administratif.

Cette entreprise, qui travaille apparemment gratuitement selon certaines sources, représente une aubaine pour tout entrepreneur. La SEETP réfutait cette gratuité auprès de Nice-Matin, sans pour autant produire de preuves contraires.

La société, qui bénéficie de la commande publique dans le secteur grassois depuis plusieurs années, avait déjà été perquisitionnée dans le cadre de cette affaire.

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Une affaire jugée trop lourde localement

Le parquet de Grasse s'est dessaisi de ce dossier « au profit du pôle régional environnemental du parquet de Marseille ». Un proche de la procédure avait confié à Nice-Matin que « le dossier était trop lourd » pour être traité localement, témoignant de l'ampleur et de la complexité de cette affaire.

Rien n'a filtré sur le lieu exact des gardes à vue en cours. Lors des premières opérations, les enquêteurs de l'OCLAESP avaient pris leurs quartiers en gendarmerie de Peymeinade.

Il est important de rappeler que les personnes actuellement en garde à vue sont présumées innocentes jusqu'à preuve du contraire, conformément aux principes fondamentaux de notre droit.